Olaf prépare les enfants à la fin du monde

Hier, ma fille me traîne par les cheveux à un film que j’attends avec impatience et empressement : la Reine des Neiges II.

Après avoir adoré le premier, et après m’être bien passé du second, j’ai quand même noté quelque chose d’intéressant pendant la projection.

De façon subliminale (les chasseurs de licornes diront que je suis fou et que je m’en invente – parole de chasseurs de licornes) les réalisateurs, un petit peu conscients de ce qui attend leur jeune public, se sont arrangés pour passer quelques petits messages d’avertissement en plein milieu d’une oeuvre de divertissement censée être féérique.

Par deux fois Olaf parle aux enfants dans le blanc des yeux.

Olaf a plus de sincérité envers les enfants que n’en a la société au grand complet…

En début de film, le royaume d’Arendelle vit… tadaaaammmm….suspense intense… un effondrement! (Comment avez -vous fait pour deviner?)

Et Olaf rassemble les enfants autour de lui et s’ingénie à les amuser en disant à un des personnages, surpris de voir le gentil bonhomme de neige s’amuser en telle circonstance : « j’amuse les enfants pendant que tout s’écroule autour de nous, c’est important. »

Dans les prochains mois nous aurons le temps d’aborder à quel point ce qui vient va nous demander une bienveillance de tous les instants, et bien que la plupart des humains sont bien loin de le comprendre, un bonhomme de neige, lui, l’a compris.

Ensuite plus tard, Olaf parle de technologie avec un autre personnage et lui dit : « la technologie? Tu veux dire ce qui nous procure notre confort et qui garantit notre perte? »

Je soupçonne Olaf d’être un de ces illuminés de collapsologues… 😂

Nos élites, ces menteurs narcissiques

En 1993 un fait divers défraya les chroniques françaises, et même les manchettes à travers le monde. En janvier de cette année-là, un médecin, à peine conscient, était rescapé de l’incendie de la maison familiale par les pompiers de Prévessins-Moëns du côté français de la frontière avec la Suisse. L’enquête montra dans les heures qui suivirent que sa femme avait été molestée à mort à coups de rouleau à pâtisserie, ses deux jeunes enfants abattus d’une balle dans le dos, ses parents résidents dans le Jura à une heure et demie de là abattus d’une balle dans le dos, ainsi que le chien de la famille. Les jours qui suivirent montrèrent que la maîtresse parisienne du médecin avait subi une tentative de meurtre. Mais si ce n’avait été que cela, l’histoire n’aurait été qu’une histoire macabre parmi tant d’autres.

Le plus sidérant restait à venir.

L’enquête allait montrer dans les jours qui suivirent que le médecin… n’était pas médecin. Que le bon docteur Romand, puisque c’est son nom, n’était ni bon, ni docteur. Pendant plus de deux décennies il s’était fait passer auprès de sa famille pour un médecin-chercheur à l’OMS, dont le bureau (inexistant) était à l’OMS à Genève, fréquentant (seulement dans sa tête) les grands de ce monde. Pour justifier de ses revenus et de son train de vie de médecin, il escroquait sa famille en leur faisant miroiter des placements à revenus délirants en Suisse.

Mais voilà, quelques jours avant les meurtres, sa femme se doutait de quelque chose. Tous les comptes en banque étaient vidés et accusaient un sérieux découvert. Le bon docteur Romand était sur le point de se faire démasquer, et par orgueil, plutôt que reconnaître la sidérante vérité, plutôt que déserter et fuir, il a choisi d’assassiner tout le monde et de mettre en scène son suicide.

Vous ne voyez pas le lien avec la fin du monde, et pourtant, peut-être certains d’entre vous, en filigrane, commencent à comprendre l’atroce vérité, et le très dérangeant parallèle entre cette histoire et notre Histoire.

Peut-être l’histoire du bon docteur Romand vous fascine-t-elle déjà, et si vous ne la connaissiez pas déjà, peut-être souhaitez-vous en savoir davantage. Je mets ici quelques liens pour satisfaire votre curiosité.

Reportage sur l’affaire Romand

Autre documentaire sur l’affaire Romand

Bande-annonce du film L’adversaire de Nicole Garcia, tiré de l’affaire Romand

Lien iTunes vers le film L’adversaire, tiré de l’affaire Romand

Notice Wikipedia sur le récit-documentaire « L’adversaire » d’Emmanuel Carrère

Alors voilà l’atroce vérité.

Comme pour le bon docteur Romand, tout a commencé avec un mensonge. Nos élites se sont mises dans la tête qu’il est possible de faire une croissance infinie sur un support limité. Évidemment c’est un mensonge. Je vous la pose la question : comment vous y prendriez-vous pour faire une croissance illimitée sur un support limité? Hé voilà, c’est un mensonge à sa face même.

Alors au début, on faisait confiance à notre élite, qui continuait rondement dans son mensonge. Elle y croyait tellement à son mensonge qu’elle en avait oublié que c’est un mensonge. Mais pas un petit mensonge, car c’est sur lui qu’est construit tout notre équilibre socio-économique, autant dire tout notre monde.

Tout comme la famille du bon docteur Romand lui faisait une aveugle confiance, et lui confiait son argent, nous confiions notre argent avec une certaine confiance aux impôts administrés par notre classe dirigeante, laquelle nous promettait toujours plus de croissance, comme le bon docteur Romand promettait des rendements faramineux.

Le mensonge marchait si bien, que les menteurs y croyaient, les mentis y croyaient, tout marchait rondement.

Mais voilà que les événements s’accumulent et poussent les arnaqués à se questionner… Début de sixième extinction de masse… Dérèglements climatiques déjà à l’oeuvre… Forêts surexploitées… Pollution toujours grandissante…

Alors nos bons docteurs Romand donnent le change : ils installent des éoliennes en France (tellement peu et tellement trop tard que lorsque le pic pétrolier va débarquer les Français vont vivre une historique gueule de bois), ils nous promettent la fin du plastique jetable au Canada…

Mais voilà, le bon docteur Romand continue d’aller au bureau tous les matins, et nos bons docteurs Romand continuent d’installer des oléoducs, des gazoducs, parce qu’ils s’imaginent qu’on est bien trop benêts pour remettre en doute leur petit manège mensonger et meurtrier. Mais voilà : comment justifier le développement d’énergies fossiles en pleine urgence climatique? En France, comment justifier la rapacité de la classe dirigeante sur les ressources et l’énergie, allant jusqu’à imposer le droit de chasse publique sur les forêts privées, et imposant une taxe carbone, ce qui va progressivement réserver l’énergie aux riches, et imposant la privatisation des régimes de retraites, ce qui va progressivement réserver les retraites aux riches…

Mais nombre d’entre nous continuent à croire que la croissance est toujours possible, parce que finalement le mensonge est tellement gros, que le reconnaître c’est remettre en cause notre système de croyance, nos valeurs, c’est reconnaître qu’on s’est fait entuber toute notre vie, c’est possiblement reconnaître la fin des prestations de retraite, c’est reconnaître la fin de nos placements financiers, etc. Alors on aide les menteurs dans leur mensonge, on évite de les défier, on suggère même à ceux comme votre serviteur d’avoir l’obligeance de bien vouloir la fermer. Parce que reconnaître le mensonge nous coûterait plus cher que persister dans cette comédie.

Mais nos bons docteurs Romand sont aux abois. Parce que tout comme un compte bancaire vide ne se remplit pas par magie, le dérèglement climatique, l’épuisement des ressources et l’épuisement de l’énergie ne se règlent pas par magie. Alors nos bons docteurs Romand ignorent ces faits tant et aussi longtemps qu’ils arrivent à les ignorer…

Alors plutôt que reconnaître dignement et tête baissée la situation, plutôt même à la limite fuir et s’exiler à Tombouctou ou à Dubaï, nos bons docteurs Romand vont sortir la carabine 22 long rifle, tout comme l’a fait le bon docteur Romand. Car ils préfèrent tuer et mettre leurs pays à feu et à sang que reconnaître qu’ils se sont mentis toute leur vie, et qu’ils nous ont menti toute leur vie.

Ainsi le premier ministre du Québec veut régler le blocus ferroviaire par la force (très joli mot pour dire la violence), ce qui ne manquera pas de mettre le pays au complet à feu et à sang, et le gouvernement Macron massacre les gens allumés de son peuple.

La Presse – « Crise ferroviaire : Legault n’exclut pas l’usage de la force. »
Le massacre institutionnalisé en France

Alors je vous pose la question : qu’est-ce qu’on fait avec ça?

Très sincèrement, même si personne de mon lectorat ne va me croire, je n’ai pas l’âme d’un révolutionnaire. Vraiment. Je reconnais l’utilité d’aller chercher la classe dirigeante, de la mettre face à ses mensonges et ses crimes, mais je ne le ferai pas seul, et sincèrement, beaucoup trop de monde veulent rester dans le mensonge.

Alors ça va exploser. Ça va vraiment exploser fort. De partout.

Et c’est pourquoi je veux que vous réalisiez que votre vie est dirigée par des bons docteurs Romand. Et que le jour où le mensonge sera vraiment mis à nu, que vous ayez mis en place les mesures de résilience nécessaires pour traverser sans trop de dégâts l’explosion écologique, économique et sociale qui ne manquera pas de s’ensuivre.

Au moins, vous n’aurez pas la tête abasourdie de la famille encore vivante de Romand. Vous n’aurez pas à vous frotter les yeux et vous demander si vous vivez dans un cauchemar perpétuel.

Vous serez prêt à encaisser le choc, et rien que ça vous le rendra moins difficile.

Des cowboys et les indiens…

L’actualité de la fin du monde va tellement vite que je dois me dépêcher de publier avant que les événements tournent…

Des cowboys du gouvernement fédéral ont eu la bonne idée d’imposer le passage d’un gazoduc en plein milieu d’un territoire autochtone non-concédé, celui de la nation Wet’su’wetten.

Certains diront que *d*es chefs de conseils de bande ont donnée leur accord à la compagnie gazière, d’autres incluant moi répondent que *Tous* les chefs n’ont pas donné leur accord, et qui s’intéresse un peu à la question autochtone sait que les conseils de bande sont des créations faites par les colonisateurs pour tenir les autochtones sous muselière (puisque c’est par ces conseils que passent les subventions).

Seulement voilà, il reste encore quelques autochtones qui n’en ont rien à *****er des subventions, donc rien à ******er des conseils de bande, donc qui se sentent autorisés à gouverner leurs chez eux comme si c’était chez eux (les malotrus! Quel scandale!)

C’est des gens qui entre l’argent et la Nature choisissent la Nature car (les génies!) ils ont compris que l’argent ça ne se mange pas, ça ne se boit pas, ça ne se respire pas, et ça n’émerveille pas. Et en plus ils ont davantage de culture scientifique que nos brillantes élites fédérales, et donc ils savent très bien quoi penser d’un gazoduc quand on a dix ans pour réduire de moitié l’empreinte carbone du pays au complet pour *ne pas* échapper à une catastrophe climatique car de toutes façon plein de pays, comme les États-Unis, n’ont en rien à ****er de vivre dans les canicules, les ouragans, les tornades, les inondations et les pluies d’oeufs de poule en grêlons.

Alors là par contre je suis vraiment en colère contre les Wet’su-wetten, car ils me coupent l’herbe sous le pied : moi qui après la fin du monde dans le pot de beurre de pinotte rêvais de vous parler de pourquoi fuir la ville, ils m’obligent à vous l’expliquer travaux pratiques à l’appui avant que j’ai eu le temps de donner le cours théorique. Les méchants…

Le mode de vie thermoindustriel (donc le vôtre) en général, et celui des villes en particulier, repose sur l’approvisionnement de biens et services considérés essentiels sous forme de réseaux. Vous dépendez (sauf rares exceptions) d’un réseau électrique (clin d’oeil à mon amie Geneviève, l’article sur les panneaux solaires s’en vient 😉). Vous dépendez d’un réseau d’aqueduc et d’égouts. Vous dépendez d’un réseau d’approvisionnement en énergie fossile. Vous dépendez d’un réseau de communication. Vous dépendez d’un réseau d’approvisionnement en denrées alimentaires.

Me voyez-vous venir?

Hé bien imaginez que votre mode de vie dérange un groupe, même minuscule, de personnes qui en ont marre que vous détruisiez la Nature, car ils perçoivent (à raison) que cette destruction de la Nature remet en cause non seulement leurs valeurs mais surtout remet en cause leur survie.

Réalisez-vous à quel point c’est facile pour ce minuscule groupe de perturber ne serait-ce qu’un réseau d’approvisionnement? Et imaginez-vous les conséquences des perturbations de ce réseau d’approvisionnement sur votre vie?

Hé bien si vous avez du mal à vous le figurer, remerciez les Wet’su’wetten de vous aider à le comprendre avec leur prise en otage du réseau ferroviaire. En plus ils sont vraiment gentils, car s’ils avaient une once de méchanceté, plutôt que s’en prendre au réseau ferroviaire, ils s’en prendraient au réseau électrique (pour la troisième fois, je vous conjure d’aller lire Ravage de Barjavel).

Alors les cowboys que nous sommes (enfin je n’en suis pas vraiment un, même si je vis aux milieu d’eux à la journée longue…) s’écrient « Ben voyons donc! Que fait la police! » (genre d’imbécilité que crie et qu’écris Mario Dumont, cowboy parmi les cowboys). Hé bien comme chacun sait, les cowboys sont des colonisateurs imbéciles qui n’ont pas une once de jugeotte, et encore moins de culture générale ou de notion d’Histoire même quand c’est la leur (n’est-ce pas Mario…) Hé bien la police ne fait rien car on ne lui a pas donné l’ordre de faire quoique ce soit, et elle s’en félicite. Car qui a un brin d’intelligence politique canadienne québécoise va prendre très au sérieux les avertissements de Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador.

Les autochtones (que nos amis Français, ont leur en voudra pas, appellent « les Indiens » 🤦🏻‍♂️😂), découvrent subitement qu’ils en ont marre de se faire dicter comment se comporter par les conseils de bande. Et découvrent aussi qu’ils sont les héritiers culturels d’une façon de concevoir la vie autrement plus respectueuse que consommer. Et découvrent en plus que la Nature, qui constitue le socle central de leurs cultures (car il y en a beaucoup de diverses et variées, mais qui ont toutes la Nature comme dénominateur central), découvrent que la Nature est en situation de vie ou de mort. Pour eux, tuer la Nature c’est tuer leur culture, c’est tuer leur identité.

Vous comprenez donc que ce n’est pas en leur offrant des suites prestigieuses pour aller voir le Canadien de Montréal qu’on va les convaincre.

Pendant ce temps-là, le premier ministre du Québec s’impatiente et l’économie québécoise a des sueurs froides. Il y a deux mois on parlait ensemble des ruptures d’approvisionnement en propane à cause de la grève des cheminots, aujourd’hui on remet ça…

Mais que voulez-vous… les croissantistes diront que je suis un extrémiste, que je ne comprend rien à rien, et que l’économie a besoin de croissance, et donc du gazoduc. Que voulez-vous? J’ai vraiment du mal à comprendre comment pensent les cowboys 🤷🏻‍♂️.

En. tout cas les prochaines heures risquent d’être passionnantes en matière d’actualité…

(Avez-vous suffisamment d’informations sur pourquoi faut-il fuir la ville, ou dois-je en remettre une couche?)

La fin du monde dans un pot de beurre de pinotte (ou de Nutella…)

Je vous le promets depuis longtemps, et même si je prends mon temps, je suis un homme de parole. Vous en avez rêvé, les voici pour vous aujourd’hui : l’alpha et l’oméga de la vie et de la mort, et en ce qui nous concerne l’omega de la mort de notre civilisation soit-disant toute-puissante et invincible, pourtant condamnée par ses propres excès.

Tout système dynamique est un système mû par l’énergie. Je vous mets au défi de me nommer un seul système dynamique qui ne soit pas mû par l’énergie. Le mouvement, la vie, a besoin d’énergie.

Un avion sans énergie est un avion cloué au sol, mort. Une voiture sans énergie est une carcasse. Une éolienne sans vent est une éolienne morte. Une turbine hydroélectrique sans énergie potentielle de pesanteur de l’eau située en amont est une turbine morte. Un chat qui ne mange plus, comme ça m’est arrivé il y a un mois, malgré tout ce que nous avons essayé avec le vétérinaire, est un chat mort (RIP Totor 😢). Une civilisation qui ne dispose plus de la quantité d’énergie nécessaire à son maintien est une civilisation morte (ou du moins muée en autre chose de moins énergivore).

Le propre de la vie, au sens biologique, est sa capacité à extraire de l’énergie de son environnement et de la convertir en énergie disponible pour ses besoins. À la minute qu’un organisme unicellulaire, multicellulaire, communautaire, social, perd la capacité d’extraire de l’énergie de l’environnement, ou perd la capacité de convertir cette énergie en énergie disponible, cet organisme est mort.

Aujourd’hui, nous nous penchons sur la condition première du maintien de la vie : la capacité d’extraire de l’énergie de son environnement. Nous pourrions dire ÉNORMÉMENT de choses sur la condition seconde (la transformation de l’énergie d’une forme extractible en une forme disponible à l’utilisation), mais la fin du monde est un vaste sujet qu’on ne résume pas en un article de blogue. Nous aurons au cours des mois et des années qui suivent le loisir de disserter sur le sujet et même, grâce à la magie de l’actualité, le privilège d’assister à la fin du monde en direct, en espérant que l’Internet ne flanche pas trop vite (ce à quoi je crois sincèrement – que l’Internet durera assez longtemps pour que vous compreniez ce qui vous arrive, et comment vous adapter à temps).

Prêts pour perdre le peu de virginité qu’il vous reste, je veux dire d’innocence insouciante qui vous fait croire que le monde que vous connaissez ne cessera jamais de « progresser »? Si vous n’êtes pas prêts, arrêtez-vous là. Si vous l’êtes vous pouvez continuer.

Car aujourd’hui, on cloue le cercueil.

Les préliminaires étant terminés, on passe aux choses sérieuses. Donc la condition première de survie d’un organisme est sa capacité à extraire de l’énergie de son environnement. Prenez une bonne minute pour relire cette phrase dix fois. Parce qu’elle va vous sauver la peau, ou du moins vous garantira une vie endurable.

Je vais la réécrire, sacrifiant la subtilité au désir que vous reteniez la phrase la plus importante de ce blogue : « LA CONDITION PREMIÈRE DE SURVIE D’UN ORGANISME EST SA CAPACITÉ À EXTRAIRE DE L’ÉNERGIE DE SON ENVIRONNEMENT ».

« La condition première de survie d’un organisme est sa capacité à extraire de l’énergie de son environnement. »

Seulement voilà : pour extraire de l’énergie, il faut justement de l’énergie. Et c’est là que tout se joue. C’est exactement ce qui est arrivé à mon pauvre chat Totor. Il était rendu tellement malade et faible qu’il n’arrivait plus à s’alimenter : l’énergie pour se nourrir et digérer était supérieure aux calories qu’il pouvait ingérer, ce qui l’a amené à puiser dans ses réserves, jusqu’à l’inéluctable conséquence terminale.

Et dans quelques minutes, vous allez comprendre que c’est très exactement ce qui va arriver (de mon vivant, et je suis un jeune quadragénaire) à notre civilisation telle que nous la connaissons.

Pour résumer la notion de rendement énergétique (rapport énergie extraite sur énergie d’extraction investie), un concept mathématique a été élaboré : l’EROI. Energy Return On Investment, soit le rapport de l’énergie extraite sur l’énergie nécessaire à l’extraction. Savourez-bien votre science, car à cet instant, si ce n’était pas déjà le cas il y a cinq minutes vous venez de dépasser de dix coches l’état d’intelligence des économistes classiques (je ne donne pas de nom ici, mais j’en ai donné au moins un dans mon article précédent) : vous êtes à cette seconde définitivement plus intelligent que la classe dirigeante d’ignares (économistes crétins et politiciens cupides) qui dirigent votre vie.

Vous comprenez aisément à ce stade-ci que ce qui nous intéresse, c’est un EROI élevé. C’est pourquoi au début du vingtième siècle les États-Unis étaient à la fête : l’EROI de leurs champs de pétrole était de 70. Investir l’énergie d’un baril de pétrole leur rapportait l’énergie de 70 barils : un coups de pioche et vous voilà millionnaire. C’est de là que les États-Unis ont tiré leur puissance d’abord énergétique, puis financière et militaire.

Sauf que là, l’EROI du pétrole est rendu à 5. Non, ne pleurez pas, non, ne stressez pas, ça va bien aller, car ensemble on va s’adapter. Du moins si la grosse masse de chasseurs de licornes benêts qui nous entoure ne nous en empêche pas (ce qui n’est pas gagné).

L’EROI du pétrole a toujours été à la baisse, sauf à quelques rares exceptions d’innovations techniques d’extraction. Pourquoi? Et bien car, attention les yeux, gros scoop : les réserves de pétrole sont *** LIMITÉES ***. Ce que notre civilisation capitaliste dirigée par des économistes ignares et suicidaires n’a jamais voulu comprendre, et maintenant il est tout simplement trop tard.

Pour vous illustrer la chose, nous allons prendre pour les Québécois un traditionnel pot de beurre de nounours Kraft, mieux connu sous le nom de beurre de pinotte, et pour les Français un traditionnel pot de beurre de noisette Nutella. Non je ne ne touche pas de royalties publicitaires, ça m’amuse juste d’utiliser pour mon illustration de fin du monde des compagnies fortement impliquées en réel dans la fin de ce monde.

Prenons notre pot de beurre de pinotte. Nous voilà au début du vingtième siècle : nous ouvrons notre pot de beurre de pinotte et la ressource est abondante. À peine nous plongeons notre cuillère à tartiner, aussitôt elle est pleine et on se baffre. Puis on plonge et replonge et replonge notre cuillère à tartiner. C’est la fête, le pinotte ici et le Nutella là-bas nous montent au cerveau, nous nageons dans le bonheur. Nous voici en pleine seconde moitié du vingtième siècle, dans la folie des années soixante, soixante-dix, quatre-vingt… Ha! voilà que la cuillère se remplit moins aisément. Bon, on y met un peu plus d’effort (l’EROI baisse…), mais bon on la remplit quand même. On continue à se baffrer, le cerveau englué de pinotte/Nutella, plutôt que se poser les vraies questions du style « On mange quoi demain si on a baffré tout le pot et qu’il n’y en a qu’un seul… ». Nous voici à la fin des années quatre-vingt. Ha… voilà que même en y mettant de l’effort, on a du mal à remplir la cuillère. Nous voilà dans les années quatre-vingt-dix. Bon, le moment vient où il faut faire une innovation technique : on fait appel à la cuillère à confiture (long manche et petite coupole). On arrive à élever notre EROI, assez faiblement et très temporairement, mais on a du pinotte à la bouche. Nous voici dans les années deux mille… et puis finalement, on se retrouve à gratter, gratter, gratter comme des compulsifs… ça c’est la fin des années deux mille et les années 2010 : le pétrole de schiste, où on explose la roche et on la presse comme un citron à des coûts d’exploitation si vils que les puits de pétrole de schiste n’ont jamais dégagé une seule cenne (un seul centime) de profit.

Et nous voilà à la fin du pot. Avec une armée de plus de huit milliards de consommateurs junkies et affamés qui traitent les décroissants d’extrémistes.

Les esprits chagrins diront « Oui mais Nafnaf le 3ème petit cochon c’est un extrémiste, il raconte n’importe quoi, car du pétrole il en reste plein plein plein… ». C’est à cet instant que nous avons une belle opportunité de distinguer les gens allumés des gens ignares à en mourir. Oui il reste une quantité délirante de pétrole. Mais ce n’est PAS du pétrole extractible. Peut-être, je dis bien peut-être, quelques innovations techniques pourront permettre de maintenir très temporairement un EROI au-dessus de 1, mais ce serait un court sursis. À l’heure où la catastrophe climatique est garantie, et qu’il faudrait déjà (il le fallait depuis longtemps) rationner le recours aux énergies fossiles.

Est-ce que LA dernière goutte d’or noir va tomber dans une éprouvette devant nos yeux éplorés l’année prochaine? Absolument pas, il va en couler encore beaucoup, et encore longtemps. Mais par contre, ce qui va arriver, c’est que l’offre sera physiquement incapable de rencontrer la demande, et ça ça va donner lieu à tout un spectacle. Le ministère finlandais des affaires économiques envisage un spectacle au-dessus de l’imaginable. Je cite : « Aujourd’hui, approximativement 90 % de la chaîne d’approvisionnement de la totalité de l’industrie manufacturière (tous secteurs confondus) mondiale dépend de la disponibilité de dérivés du pétrole, ou de services dérivés du pétrole. Environ 70 % de nos besoins journaliers en pétrole viennent de champs découverts avant 1970. La grosse partie de la production provient de 10 à 20 champs immenses de pétrole. »

Si vous vous demandez pourquoi hier soir ma femme, moi et mes enfants on trinquait de bonheur d’avoir vendu la maison familiale de ville en moins de deux semaines, pour partir en campagne à un moment où la superficie agricole est à un montant historiquement bas, vous avez là un bon morceau de l’explication – quoi que encore très partielle.

Les esprits rigoureux diront « Ha mais Nafnaf, sur l’article sur l’EROI de Wikipedia que tu cites, l’énergie hydro-électrique a un EROI de 50 à 250, au Québec on est à l’abri, tu capotes pour rien. » Bon d’abord je ne capote pas car je suis très en contrôle de ce qui m’arrive, et je m’efforce de vous rendre en contrôle de ce qui vous arrive. Ensuite, il faut regarder les choses en face. La qualité dont nous avons le plus besoin présentement, c’est le réalisme. Si les gouvernements fédéral et provincial n’étaient pas si endoctrinés et criminels, ils procéderaient à une politique extrêmement agressive d’électrification des transports, grâce à laquelle ils obtiendraient un taux de conversion des transports du fossile vers l’électrique renouvelable au moment le plus tard envisagé pour le pic pétrolier, soit 2025, de seulement 9%. C’est l’hypothèse la plus optimiste (et certainement trop optimiste) avec laquelle il nous faut travailler.

Imaginez un Québec électrifié à 9% en pleine crise pétrolière. Franchement. Faut-il que j’élabore davantage?

Souriez. Vous comprenez ce qui vous attend. Ça vous donne de sérieuses chances pour vous adapter de façon proactive sans trop de douleur.

Savourez votre chance.

Et votre privilège. Car ensemble nous sommes appelés à construire un Monde Nouveau. Et nous allons le faire.

La marmite bouille…

En France et au Québec, la marmite bouille dans les chaumières et dans les esprits…

Hier soir, Télé-Québec diffusait un documentaire « prêts pour la décroissance? » C’est un documentaire passionnant, qui souligne à grands traits l’imbécilité crasse de ceux qui nous ont jetés dans cette catastrophe (les économistes classiques représentés par l’inénarrable Germain Belzile), et qui attendent le salut de la technologie comme les témoins de Jehovah attendent le retour de Jésus. Germain Belzile nous parle de fusion nucléaire sans jamais comprendre qu’il ne verra aucun réacteur de fusion en production opérationnelle de son vivant ni même du mien d’ailleurs, alors que nous avons dix petites années pour diminuer de moitié notre empreinte carbone pour obtenir une mirifique chance sur deux d’échapper à une apocalypse climatique.

Prêts pour la décroissance? Moi oui, mais vous?

J’ai trouvé intéressant que la journaliste pose la question de la décroissance. Ça montre que les esprits bougent, mais ça montre aussi que la situation est radicalement sans espoir. Car tout en considérant la décroissance, elle est considérée dans le reportage comme une solution radicale (comprendre excessive, et non pas dans le sens vrai de « radical »=qui règle les problèmes à la racine). Pourtant, vous connaissez ma phrase, mon concept fétiche : « nous consommons les ressources plus vite qu’elles se renouvèlent, nous consommons l’énergie plus vite qu’elle se renouvèle, nous émettons des polluants plus vite qu’ils ne sont éliminés ». Il ne peut découler de cette situation que deux alternatives, c’est mathématique : soit on lève le pied pour s’accoter avec les limites du système-Terre, soit nous nous effondrons dans un chaos apocalyptique. Je trouve consternant que la première option soit considérée comme radicale face à la seconde, mais que voulez-vous? Nous sommes une espèce suicidaire qui veut, et qui va, compléter son suicide.

Nous sommes littéralement dans « Arche de Noé, le retour ». Je ne m’occupe plus des suicidaires, ils ne m’intéressent pas. Je m’occupe de ceux qui veulent un avenir. Ça m’a d’ailleurs causé deux nuits blanches. Ma blonde m’a transmis il y a deux jours une offre d’emploi de la ville de Montréal pour un poste de directeur de division de la résilience à la ville. Au-delà de mes sérieux doutes de décrocher le poste, ce qui m’a sauté aux yeux c’est la nature insurmontable du défi : comment faire comprendre à la masse consumériste qu’elle doit cesser de consommer ou mourir? Sincèrement, malgré mon sens moral et mon engagement à sauver ce qui peut l’être, je ne veux pas passer le temps précieux que nous avons à raisonner avec des junkies. J’ai vraiment été déchiré entre l’opportunité de faire une vraie différence, et le réalisme. Et il faut être réaliste : le degré d’addiction de l’ultra-majorité des citadins au consumérisme et la totale inconscience de la population qui angoisse mais qui refuse de bouger rend le défi insurmontable. Je préfère aider une seule famille pour vrai, qu’aider une métropole à se faire croire qu’elle va s’adapter dans les mesures requises à la vitesse requise.

Pendant ce temps, en France, où les esprits sont par nature plus bouillants que dans le consensuel Québec, la marmite bouille au point de faire sursauter son couvercle. Je tombe sur une conférence de l’économiste et philosophe de gauche Frédéric Lordon dans une des nurseries de la classe dirigeante française : l’école Polytechnique. Polytechnique en France (*** L’ÉCOLE*** d’ingénieurs) n’est pas Polytechnique à Montréal (une école d’ingénieurs parmi d’autres). Les polytechniciens en France ont un statut spécial : ses étudiants touchent un salaire, l’école fait partie du corps d’armée et le pays confie à ses diplômés la direction de ses organes industriels clés. On est dans le Saint des Saints de la perpétuation de la classe dirigeante française. Hé bien dans cette conférence, Lordon et les jeunes polytechniciens discutent avec sérieux, engagement et profonde réflexion de comment abattre le capitalisme. On y parle lutte de classes, on y parle de comment faire face à la répression policière, et comment gérer la transition après la décapitation de l’appareil d’État tenu par la bourgeoisie.

Frédéric Lordon parle aux élèves polytechniciens de comment abattre le capitalisme

Non vous n’êtes pas dans un film de science-fiction ni une blague du premier avril : vous êtes dans la vraie vie, où la blague de la croissance éternelle dans un système limité, déjà saturé et en décompensation, touche sous peu à sa fin.

La décroissance heureuse, ou le plaisir de lever le pied

Ça y est. J’y suis. Nous avons sérieusement entamé notre procédure familiale d’adaptation profonde (renoncement, résilience, réparation).

Nous avons renoncé à la belle grande maison de ville. Elle est vidée, nettoyée, astiquée, et en vente. Nous voilà dans un petit appartement en location, un plex, quasiment sous l’autoroute.

Dans notre décroissance on passe de quelque chose qui s’apparente à ça…
… à quelque chose qui s’apparente à ça.

Quelques-uns seraient peut-être surpris de voir ce changement, ne comprenant pas pourquoi renoncer à une belle grande maison de ville. Ça c’est lorsqu’on est confiant que la croissance restera au rendez-vous. Car sans croissance, impossible de revendre la maison à profit plus tard. En fait, en décroissance, il faut s’attendre à des reventes immobilières à perte. De plus, c’est le travail de mon épouse qui paie l’hypothèque de cette maison. Manifestement, dans son domaine (le système de santé), la tendance est à la baisse de rendement de tout acabit (énergétique, financier, etc.) C’est un système qui refusant de s’adapter aux réalités physiques s’enligne pour vivre un bel effondrement, comme tant d’infrastructures que nous tenons pour acquises. Pour comprendre cela il vous faut lire un article que je promets depuis longtemps, soit celui sur l’EROI (Energy Return On Investment). Ça vient ça vient. j’avais juste trop hâte de vous donner des nouvelles en direct de notre adaptation. Donc puisque nous sommes sur nos dernières années (peut-être la dernière) de revente à profit, on en profite.

Notre appartement est petit. Nous vivons dans un Tetris géant. Pour se rendre du point A au point B on pousse une caisse, on avance de deux pas, on pousse une caisse, on avance de deux pas, on pousse une caisse… C’est heureusement temporaire, le temps qu’on range/organise nos affaires.

Ceux qui occupent le logement au-dessus de nous font pleuvoir les mégots qu’ils jettent depuis leur balcon, et c’est sans compter ce qui est apparu dans la nuit de samedi à dimanche et qui ressemble à du vomi de boisson de cannabis.

Mais on ne s’est jamais sentis aussi heureux en famille. Nous sommes encore plus proches les uns des autres, ma conjointe, moi, nos enfants et nos deux chats. La voiture n’a plus de garage et dort dehors, mais elle est à notre porte. Plus besoin de partir en expédition deux minutes et quart pour l’atteindre. Elle n’a plus de borne de recharge rapide, on la recharge sur une prise 110V (12 heures la recharge complète), mais on s’en fiche royalement car nous sommes en face de la porte du métro. Nous prenons les transports en commun, et je ne m’en porte que mieux. Finis les bouchons. Finies les envies de meurtre (un jour j’aurais fini par m’arrêter à un feu rouge, descendre tranquillement, ouvrir la porte du connard derrière qui vient de m’agresser, lui sourire de façon carnassière et lui faire sauter les dents l’une après l’autre…). Fini la hantise de renverser quelqu’un. Fini le stress d’abîmer ma voiture. Fini le cauchemar de l’automobile en ville. Et ça, ça va leur en prendre des mégots au-dessus pour qu’ils arrivent (ils n’y arriveront pas) à m’enlever mon sourire de satisfaction.

Vu le nombre de visites que nous avons pour la maison, bientôt notre nom sera rayé d’un prêt hypothécaire pour une propriété en ville. Et ça aussi ça va être une profonde satisfaction. Je suis un peu triste pour les futurs acheteurs, mais après tout s’ils n’achètent pas ma maison ils en achèteront une autre. Je ne vais pas donner contre leur gré et contre mon intérêt des cours de collapsologie à des gens qui veulent s’endetter. Le sujet est plus que largement décrit sur Internet, sur Facebook, sur Youtube, sur www.le3emepetitcochon.com … Alors s’ils veulent s’acheter un cauchemar en devenir (rembourser une hypothèque faramineuse dans une économie décroissante pour un milieu de vie totalement dépendant des approvisionnements), c’est leur choix, ils sont majeurs et vaccinés.

Et bientôt nous allons notarier notre havre auto-suffisant dans Charlevoix. Et nous serons relativement, pour un temps suffisamment long je pense, à l’abri de cette folie. Et enfin, terminant de mettre ma famille à l’abri, je vais enfin pouvoir aider d’autres conscients à en faire de même.

Bref, sachez-le, il n’y a pas que du sacrifice dans le renoncement. Il s’y trouve une quantité insoupçonnée de plaisir 😉

Joyeux Noël et joyeux effondrement!

Si vous n’avez pas besoin d’explication, c’est que vous êtes conscient.

Si vous avez besoin d’explication, c’est que vous êtes dû(e) pour lire ce blogue au complet depuis le premier article.

Joyeux effondrement à tous 🤗

Source : Facebook « permavenir »