Méthodologie de solution : la modularité autonomique

En préambule, je tiens à exprimer toute ma sympathie pour les familles endeuillées et pour les familles angoissées avec le risque d’être contaminé ou de contaminer des proches au Corona. Le sentiment que j’ai peu exprimé jusqu’ici, et qui pourtant ne m’a jamais quitté, c’est la tristesse, mais aussi la colère et la révolte, qu’il ait fallu une crise de cette ampleur pour qu’enfin la population, et ses « leaders », commencent à allumer l’ampleur de l’erreur socio-économique commise jusqu’ici. Et avec une conjointe dans la santé qui part au front tous les matins, soyez bien assurés que c’est ma colère, ma révolte, ma tristesse et mon angoisse qui s’expriment régulièrement, et qu’en aucune manière je ne veux jouer au malin.

Mais le fait demeure que nous sommes partie intégrante de la Nature, et contre toute idéologie endoctrinante qui veut nous faire croire d’en être séparés, nous en faisons bel et bien partie. Ce qui implique de fonctionner selon Ses règles. Croire les nôtres supérieures est une erreur fondamentale et grossière dont la crise actuelle n’est qu’une terrible mais relativement légère introduction en guise de facture.

Pour faire court : l’effort d’adaptation requis est si radical et si urgent, que tout le monde ne sera pas en mesure de le produire. Pour nous, collapsologues, l’enjeu n’est donc pas de tout sauver, car tout ne peut être sauvé. L’enjeu est de sauver ce qui peut l’être. J’aimerais, dans l’idéal, y inclure tous les lecteurs réguliers de ce blogue.

Nous allons aborder aujourd’hui un concept méthodologique d’acquisition de résilience qui n’est qu’une simple dérivation de GBS (Gros Bon Sens) qui semble subitement effleurer nos leaders, toujours croissancistes, donc bien qu’un peu maintenant éclairés s’acharnent à demeurer dans la noirceur.

Je n’ai pas trouvé de littérature qui aborde explicitement ce concept méthodologique, alors dans l’attente d’une source officielle et reconnue je le baptise à l’instant « modularité autonomique », de préférence à « autonomie modulaire », craignant que le deuxième terme laisse croire que l’autonomie est optionnelle, ce qui vous vous en doutez serait une grave erreur.

Notre premier Ministre du Québec semble réaliser que l’autonomie du Québec en matière de besoins essentiels semble l’avenir à privilégier. Passons outre le fait qu’il ait fallu potentiellement entre 1000 et 9000 morts au Québec pour qu’il commence à le comprendre.

La résilience d’un système est sa capacité à fonctionner malgré des chocs majeurs. Pourquoi notre société, et nous individus, sommes si vulnérables et si peu résilients? Une bonne partie de la réponse réside dans l’ultra-spécialisation des fonctions de tous les sous-systèmes économiques et sociaux, ainsi que leur profonde interdépendance.

Un bel exemple est celui de l’agriculture, et nous risquons de le découvrir de façon encore plus cuisante dans les prochains mois. Nous avons choisi un modèle de développement où produire de la nourriture n’est pas notre affaire, mais celle d’autres personnes ultra-spécialisées, les agriculteurs. Ces agriculteurs dépendent de façon vitale d’autres systèmes : l’approvisionnement en produits pétroliers, de la main d’oeuvre agricole, des réseaux de distribution opérationnels, etc.

Que se passe-t-il si on a un problème de main d’oeuvre agricole? La capacité de production du système agricole s’en trouve affectée. Ce qui, selon la profondeur du choc, peut mettre à mal tout le système de production agricole. Ce qui, selon la profondeur du choc, peut mettre à mal tout le système social en cause, jusqu’à notre survie physique pure et simple. C’est un choc se propageant de proche-en-proche, la totalité du processus constituant un effondrement. Je vous joins une petite vidéo de modélisation pour vous aider à bien saisir le concept.

Modélisation d’un effondrement systémique par choc propagé de proche en proche.

Maintenant imaginez la même vidéo, mais avec des dominos :

  • rassemblés en petits groupes autonomes, c’est-à-dire sans interdépendance vis-vis des autres groupes
  • dans chaque groupe, joints les uns aux autres par des élastiques les entourant ou soudés par de la colle
  • et les groupes décalés sur les côtés les uns par rapport aux autres.

Vous comprenez dès lors que la vidéo deviendrait pas mal moins amusante, et l’effondrement inexistant. Les groupes constituent des modules de résilience, et pour ne pas être interdépendants les uns des autres il leur faut acquérir de l’autonomie : c’est la modularité autonomique.

Dissipons immédiatement toute confusion terminologique, ne confondons pas autonomie et autarcie (ou isolement). L’autonomie est la capacité de fonctionner sans dépendance de systèmes extérieurs. L’autarcie c’est autre chose : c’est le choix délibéré de se couper des échanges avec l’extérieur. L’autarcie exige un très haut degré d’autonomie, l’autonomie n’a aucun besoin de l’autarcie.

Le Premier Ministre du Québec veut plus d’autonomie pour le Québec, mais bien que cela constitue un projet d’amélioration de la résilience du Québec, ce n’est aucunement une garantie de sécurité pour le Québec. C’est une diminution de l’insécurité, mais c’est très loin de constituer un projet complet de résilience.

Un haut degré de résilience ne peut être obtenu que par une application aux différents niveaux de la société, en plusieurs couches concentriques, de l’autonomie. Ces différentes couches constituent la modularité autonomique. Ainsi la résilience (donc l’autonomie), doit être conférée du niveau le plus élémentaire au niveau le plus structuré :

  • l’individu
  • la famille
  • la communauté
  • la collectivité municipale
  • l’organisation régionale
  • l’État (dans notre cas le Québec)
  • le « super-État » (le Canada)
  • la planète géographique au complet

On pardonne à François Legault de se préoccuper uniquement de l’État, car après tout c’est son boulot, et pour un croissanciste, on ne peut qu’applaudir que deux bons fils se soient connectés.

Par contre il faut que chaque niveau de responsabilité parmi tous les niveaux énumérés plus haut connecte à son tour ses deux bons fils et prenne la bonne direction.

À partir de là un changement RADICAL de paradigme s’opère, et prenez le terme RADICAL dans son sens premier, soit « à la racine » et non pas son sens galvaudé « méchant et extrémiste ».

Pour un système ou un sous-système, l’autonomie ne s’acquiert pas en la téléchargeant sur Internet, bien qu’elle peut commencer en lisant une page du 3ème Petit Cochon sur Internet. L’autonomie exige :

  • de définir les secteurs essentiels d’autonomie. Je ne suis pas autonome parce que je serais devenu un expert en Lave-Vaisselles Bosch. Je proposerai une nomenclature des secteurs essentiels d’autonomie dans un prochain article.
  • de ne pas brûler ses ressources. Il est évident que si je brûle tous mes revenus au Casino, ou bien si je coupe du bois plus vite que ma parcelle forestière en produit, ou bien si je fais de l’agriculture intensive et destructrice sur ma parcelle de terre, je ne deviens pas autonome.
  • de développer ses ressources. Il est évident que si j’augmente mes revenus sans brûler mes ressources, ou si j’augmente mon revenu naturel en énergie solaire, ou en bois, ou en espèces végétales, j’augmente mon autonomie.
  • de développer ses savoirs-faire. Il est évident que si j’apprends à monter ou démonter par moi-même mon abri tempo plutôt que faire appel à un « spécialiste » (fait vécu, allez… faites-vous plaisir, riez de moi 😜), ou si j’apprends à maîtriser le bois de sorte que je peux fabriquer/construire une variété d’objets et de structures, j’augmente mon autonomie.
Une des créations 2019 de votre serviteur, ex-empoté assumé

Bon alors évidemment, dès lors on peut écrire des livres entiers sur l’acquisition de l’autonomie, et il se trouve que ces livres sont déjà écrits, alors je ne m’y attarderai pas.

Ce qui compte, c’est que vous compreniez :

  • l’importance vitale d’acquérir de l’autonomie pour limiter en nombre et en impacts les effondrements
  • les différents niveaux organisationnels (de l’individu vers la planète au complet) d’autonomisation
  • la différence entre autonomie et autarcie
  • les critères minimaux à respecter dans le processus d’autonomisation, notamment à l’égard des ressources et des savoirs-faire.

Rendu(e) là, vous comprenez ce qu’est la modularité autonomique, et vous devenez, si vous ne l’étiez pas déjà, un agent de changement.

Nous ne nous attarderons pas davantage sur la nature réelle de ce processus, soit renverser à 180 degrés à toute vapeur ce que la société croissanciste nous impose : sur-spécialisation, sur-productivité, sur-dépendance.

Allez, aujourd’hui je reconnais qu’au niveau conceptuel c’est du lourd. Pour vous récompenser de vous être rendu(e) jusqu’à la fin de l’article, et pour rire (car rire est aussi un acte de résilience), je vous propose ce petit bijou de drôlerie 😂

Rire est sain dans l’épreuve

2 réponses sur “Méthodologie de solution : la modularité autonomique”

  1. Très bien expliqué, Cédric. Il va falloir fabriquer de l’espoir aussi. Cela sera essentiel pour soutenir tous ceux qui petit à petit vont se réveiller.

  2. Je crois qu’ensemble, en proposant des pistes de solution, nous offrons de l’espoir 🙂
    Le défi le plus grand, c’est faire reconnaître le problème. Car tant qu’on niera le problème, on niera les solutions. L’enjeu est que le temps joue contre nous, chaque centième de point de croissance enfonce le problème et étouffe la solution.
    Soyons optimistes et gardons à l’esprit qu’avec ou sans nous, c’est la Nature qui aura le dernier mot.

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