Une autre économie est non seulement possible mais aussi inévitable

Pour commencer, rappelons-nous un petit bricolage d’enfance que nous avons fait sous le regard attendri parental, ou dans un cours de science de base. Pour ce bricolage virtuel ça vous prend une pile, deux fils conducteurs et une ampoule (adaptée à la puissance de la pile).

Nous avons tous joint les deux bornes de la pile aux fils conducteurs puis nous avons tous joint les deux fils conducteurs à l’ampoule et nous avons tous regardé émerveillés l’ampoule s’allumer : notre premier circuit était fait.

Voilà : vous avez là le minimum vital de compréhension en économie, et malgré tout ce que vous diront les prétendus experts (ou réels escrocs ou sincères crétins), vous avez le bagage nécessaire pour comprendre l’économie financière.

Reprenons.

Les électrons quittent la borne négative de la pile, transitent par le fil conducteur, ont leur énergie électrique transformée en énergie lumineuse par l’ampoule, quittent l’ampoule, puis retournent à la borne positive de la pile.

Imaginez que vous êtes une ampoule, et je ne doute pas une seconde que vous êtes bien allumé(e). Pour fonctionner au sens propre, pour être allumé au sens premier, ça vous prend des électrons : ces électrons c’est la monnaie. Imaginez votre vie sans argent : à moins d’être un pro de l’autonomie, les choses se compliquent rapidement. Et d’ailleurs nous le verrons sans doute dans un autre article, même en autonomie, ça prend d’autres électrons que l’argent.

Le système capitaliste est un système qui est fondé sur l’accumulation. C’est normal, c’est des gens obsédés par l’accumulation qui l’ont fondé, entretenu, protégé, élevé au rang de religion. Et si vous y regardez bien, c’est essentiellement eux qui accumulent. Le problème est que l’accumulation est physiquement limitée, et ces limites sont déjà dépassées : l’accumulation financière permise par l’exploitation de la planète a déjà dépassé de beaucoup ses limites de soutenabilité. En d’autres termes, tôt ou tard ou va le payer cher, et plus on tardera, plus la facture sera élevée.

Je vous propose cette vidéo d’André Peters qui vous illustrera à quel point la monnaie, censée faire fonctionner le circuit, est contrôlée de façon à être accumulée par les réels tenants du pouvoir, et de fait empêche le circuit de fonctionner correctement.

André Peters : la monnaie, une institution au service de l’humanité

Reprenons notre circuit. Tout ce circuit n’est possible que grâce à la pile, qui n’est rien d’autre qu’une pompe à électrons : elle injecte des électrons dans le système et les ramène à elle une fois qu’ils ont accompli leur mission. L’analogie souvent utilisée de la pompe cardiaque qui alimente en sang (l’argent) le système total (le système économique) pour le faire fonctionner pour ensuite ramener le sang vers elle s’applique tout aussi bien.

Pour que tout cela fonctionne, il suffit, et elle est incontournable, d’une pompe.

En 1929, les Allemands avaient la moitié de la solution, et ce faisant en ont fait un problème. Ils ont injecté des quantités hallucinantes de liquidités dans le système économique. Ce faisant, ils ont diminué la rareté de la monnaie, ce qui a considérablement amoindri sa valeur : c’était l’inflation historique allemande qui les a marqués au fer rouge, et c’est ce qui a précipité leur chute économique. Imaginez un coeur qui injecte deux cent litres de sang par minute sans jamais le récupérer : on tue le patient. C’est pourquoi faire tourner la planche à billets n’est pas une solution, et pourquoi c’est conspué avec horreur par tous les économistes. Notre société est tellement endoctrinée qu’elle fuie devant l’inflation sans jamais rien vouloir comprendre de comment s’en prémunir : il suffit de réguler la relative rareté/la relative abondance de la monnaie par prélèvement fiscal.

Je préfère donc l’analogie de la pile : le système ne fonctionnera que si le circuit est fermé.

Ce que les économistes ne vous diront pas, c’est qu’ils conspuent la planche à billets même en circuit fermé, parce qu’il y a quelque chose qu’ils détestent dans le circuit fermé : c’est que la pompe récupère l’argent au lieu de l’accumuler. Et c’est pourquoi ils défendent fanatiquement le système actuel très bien décrit par André Peters : la monnaie est créée et prêtée avec intérêt par les banques.

La pompe actuelle c’est les banques, et elles exigent que leur revienne davantage d’électrons qu’elles n’en envoient, afin de pouvoir accumuler, accumuler, accumuler, grâce à une gigantesque pyramide de Ponzi (système supposément illégal) qui va exploser sous nos pieds.

Maintenant que l’on sait que ce système a dépassé ses limites de soutenabilité (en d’autres termes : il va s’effondrer sous nos yeux), il nous faut préparer l’après et construire une économie de la réparation.

Pour cela un homme a fait ses preuves : Keynes. Investi dans la réparation économique de l’après-seconde guerre mondiale, dans un monde sans abondance, à genoux et en sang, Keynes avait compris l’importance de lui insuffler de l’énergie monétaire plutôt que d’en exiger.

John Maynard Keynes

Heureusement, bien qu’il ait été insulté et conspué par tous les croissantistes voraces, son message a traversé l’Histoire jusqu’à nous. Je vous présente un de mes précieux collègues d’inspiration keynésienne dans la préparation de l’après, Jean-Christophe Duval. Jean-Christophe (et tout notre groupe de travail) nous invite à concevoir la monnaie non pas comme un problème, mais comme une solution. Injectée dans le système à des fins réparatrices, puis récupérée fiscalement, la monnaie a le pouvoir de remettre sur pied un nouveau système économique durable, en finançant les activités non-rentables. Or il se trouve que la réparation n’est pas rentable d’un point de vue exclusivement pécunier. N’est pécuniairement rentable que l’exploitation croissantiste.

Jean-Christophe Duval et la conception du Keynesianisme 2.0

Et là nous avons la clé de pourquoi les croissantistes ne veulent rien savoir d’une économie keynésienne décroissantiste : car ce modèle d’économie les empêche d’accumuler. Bien sûr, on pourrait régler leur compte et couper court à toute leur action parasitaire. Comme nous sommes férus de concorde sociale et que nous préférons les révolutions dans les livres plutôt qu’en live, cela n’arrivera vraisemblablement pas.

Mais regardons la chance inouïe que nous offre le corona : c’est notre chance de mettre sur pied une économie durable et respectueuse, et donc de très aimablement nous débarasser de la Bête Immonde.

C’est pourquoi il nous faut absolument empêcher un retour à l’a-normalité.

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