Le Retour du Roi

J’aurais tellement aimé faire original et ne pas parler du coronavirus, mais peine perdue, la marée de bonnes nouvelles que la sympathique petite bibitte charrie avec elle me submerge. Et pour une fois, point d’ironie. Ce microbe est comme Dennis Meadows, l’auteur de « Halte à la Croissance » : détesté de tous, il a pourtant tellement à nous apprendre, assez pour qu’on change le monde, qu’on le rende pas mal meilleur, et qu’on sauve nos enfants d’une fin chaotique (et passablement sanglante) du Monde Ancien.

Aussi minuscule soit-il, COVID-19 a fait exploser une fondation que tout le monde, y compris moi-même, croyait inébranlable. Cette fondation, c’est le fait que le Roi ait abandonné son trône aux marchands.

Jusqu’à hier, l’économie, et donc les marchands, régnaient sans concession sur le monde, le massacrant joyeusement en autant qu’ils s’enrichissent. Nous avions eu droit à l’émouvant « Je n’ai qu’un adversaire, c’est le monde de la finance » de François Hollande (alors qu’il avait mandaté un jeune banquier d’affaires nommé Emmanuel Macron pour rassurer les marchés de la City de Londres pendant qu’Hollande jouait sa pièce de théâtre…). Nous avions eu droit à toutes les promesses bafouées qu’un jour le tenant de la loi servirait les citoyens plutôt que les marchands. Manque de chance, les rois étaient (et le sont encore) des pantins animés par les marchands. Que cette façon de faire nous appauvrisse et promette l’enfer à nos enfants n’y change rien. Et du monde se surprend encore de voir des guillotines réapparaitre pour décapiter des effigies de Macron…

Depuis les Assyriens, le Roi a toujours régné sur tout le monde, y compris les marchands. Ainsi, lorsque l’économie s’emballait et que les dettes paralysaient le royaume, le Roi a toujours eu le pouvoir de décréter l’annulation des dettes, et il a régulièrement usé de ce pouvoir. Ça c’était avant que les populations soient tellement endoctrinées qu’elles se sont mises à élire en lieu et place de Rois des représentants de commerce, qui n’ont eu de cesse de protéger les marchands. Tout comme Macron protègera toujours les banques d’affaires avant les citoyens, et tout comme Trudeau protègera toujours les pétrolières avant les citoyens.

Ça c’était jusqu’à hier le mercredi 11 mars 2020, date à graver dans le marbre.

Car à cette date un homme s’est levé. Giuseppe Conte, premier ministre italien issu du mouvement de gauche cinq étoiles (oh non!!! les co-co 😱 les co-co😱 les communiiiiiiiiistes 😱) s’est rappelé qu’il est le Roi, et a décrété pour raison sanitaire la fermeture de tous les commerces sauf ceux de l’alimentation et de la santé.

La dernière phrase de l’article sonne comme une cloche qui annonce des temps nouveaux : « Il a également décidé un moratoire sur le remboursement des prêts immobiliers. »

Le « détestable populiste de gauche » (selon les media à la botte des représentants de commerce) Giuseppe Conte

Ce qui en terme historique revient à dire que le Roi est de retour. Après que les marchands (qui ont financé la révolution française) eurent fait décapiter le Roi, pourrait-on imaginer un Roi qui nous débarasse (idéalement sans guillotine) des marchands?

Après que la crise du COVID-19 se soit résolue (car les crises se déclarent, se déroulent, et se résolvent), nous pourrons rappeler que les seuls morts seront le fait du virus et non pas de la décroissance qu’il aura induite. Nous pourrons pleurer les dizaines (centaines ?) de milliers de morts en rappelant que dépasser 1,5ºC de dérèglement climatique en occasionnera au moins cent fois plus.

Le cynisme et la cupidité destructrice de nos représentants de commerce nous pousseront-ils à souhaiter d’autres pandémies de ce genre, pour qu’enfin les Rois mettent la croissance là où elle doit se trouver, c’est-à-dire sous la botte?

Pourrons-nous enfin rêver d’un monde où l’épanouissement et la bienveillance primeraient sur l’enrichissement de nos tortionnaires?

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