Un problème sans solution exige de l’adaptation

Voilà maintenant trois mois que je vous entretiens du problème. Et ce n’est pas un petit problème : il touche chacun de nous, dans chaque aspect de nos vies. Et même si peut-être c’est désagréable de le réaliser, le côté désagréable du problème ne change absolument rien à sa réalité : non seulement la croissance est au bout de sa corde, mais l’attitude de la très large majorité va nous coûter une décroissance désastreuse, potentiellement très violente. Pour s’en convaincre il suffit de voir les atermoiements des uns sur l’approvisionnement en ketchup et mayonnaise, quand ce n’est pas sur l’approvisionnement en crème glacée en plein mois de février à -10 degrés, ou bien les incitations impunies de tirer des balles dans des têtes, ou bien la protection du mensonge de la croissance de la part des personnes en charge…

Ne nous voilons pas la face : la très large majorité a choisi de réagir par le déni.

C’est triste, mais nous n’avons aucune prise sur les autres. Nous vivons dans une société qui a choisi le suicide sans jamais accepter de se l’avouer. Puisque presque tout le monde s’acharne à faire le party sur le Titanic, en ce qui nous concerne, nous courons vers les chaloupes. C’est exactement là qu’interviennent les mesures de résilience.

Il va nous falloir recréer un monde nouveau. Un monde qui a choisi de vivre envers et contre tout : c’est exactement la définition de la résilience, soit « l’art de passer au travers des épreuves ».

Ces épreuves qui nous attendent, nous les connaissons. C’est une difficulté irrémédiablement croissante d’accès aux ressources et à l’énergie. Pendant que les autres suicidaires s’efforceront de continuer à consommer dans ces conditions impossibles, nous faisons le choix de vivre autrement, de vivre une vie qui fera fi de cette impasse qui nous est imposée par la conjonction de la loi de la cupidité générale et des lois de la physique, et ni l’une ni les autres ne sont négociables. Gardons à l’esprit qu’il est urgent d’agir avant qu’il ne soit trop tard : ce n’est pas lorsqu’on est en situation de faillite que vient le temps de cesser de dépenser.

Alors après trois mois à vous parler du problème, enfin on va parler de solution.

La toute première solution, celle par laquelle commence toute votre démarche d’adaptation et de survie, là où vous quittez la voie du suicide pour choisir la voie de la vie, c’est reconnaître qu’il n’y a pas de solution. Ce problème de la croissance n’a pas de solution, et c’est pourquoi tout le monde réagit comme des chevreuils pris dans les phares d’un dix roues : ils gèlent. Jusqu’au choc fatal. Du moins le problème induit par la croissance n’a pas de solution qui s’inscrive dans la croissance. Or comme personne ne veut divorcer de la croissance, alors tout ce beau monde aura le résultat de ses actions.

Nous, nous choisissons faire autrement. Nous choisissons de ne pas rester dans les phares du camion, et nous allons surtout pas geler. C’est pourquoi pour nous, la toute première chose à faire pour nous, c’est reconnaître qu’il est physiquement impossible de rester dans la voie de la croissance sans se faire frapper par le camion. Il ne nous reste donc plus qu’une chose à faire : quitter la voie de la croissance.

Et cela va être la base de votre adaptation : la décroissance. Décroître c’est progressivement diminuer notre consommation de ressources et d’énergie, tout en s’arrangeant pour construire une vie dans laquelle s’épanouir.

Pendant ce temps-là, les junkies vont continuer à consommer, jusqu’à ce qu’ils en soient physiquement contraints à diminuer leur consommation, et là ça va pas être beau. Incapables d’être heureux avec moins, ils seront pour commencer malheureux. Puis le désespoir sera tellement grand qu’ils useront de violence pour obtenir leur dose de consommation. À titre d’exemple, Luc Lavoie qui veut tirer une balle dans la tête des autochtones pour avoir accès à sa mayonnaise et son ketchup. Que dire de ses réactions et des nombreux autres quand le carburant aura triplé de prix…

Finalement, cette période historique de notre vie nous invite à reconsidérer nos valeurs. Alors que le mensonge de la croissance nous a endoctrinés à croire que le bonheur réside dans la consommation, nous sommes invités à vivre un éveil spirituel par lequel il nous faut adopter un autre système de valeurs qui procure épanouissement et croissance intérieure.

Nous voici donc devant le défi non pas d’en faire bien plus avec bien moins, mais de faire bien mieux avec bien moins. Pourtant aussi rébarbatif puisse paraître l’objectif, de bonnes surprises sont en rendez-vous. En se débarrassant du superflu, on découvre à quel point il nous encombrait, il nous emprisonnait. Aussi fou cela puisse paraître, la démarche est libératrice. Par ailleurs, nous réaliserons à quel point certains aspects de nos vies sont loin d’être superflus, et méritent une attention toute particulière alors que lorsque nous étions consommateurs, nous attachions à ces aspects une attitude distraite voire négligente, ce qui ne manquait pas de nous nuire.

Cette attitude qui consiste à abandonner le navire m’est souvent reprochée comme égoïste. Le problème est que l’immense majorité des passagers veut envers et contre tout rester sur le bateau. Bien que leur choix me désole, il n’en demeure pas moins que nous avons très peu de prise sur leur décision. Si les gens veulent rester faire le party sur le Titanic jusqu’à ce qu’il termine de couler, cela demeure leur décision. Couler avec eux n’apportera rien à personne.

L’urgence est telle que nous n’avons pas le temps de tergiverser à n’en plus finir pour se mettre d’accord tous ensemble sur comment changer le monde avec du monde qui refuse de changer. Donc pour les gens conscients il ne reste que deux options : soit rester sur le navire et couler avec ceux qui font le party, soit déserter. Personnellement je ne vois rien de noble à couler avec la masse, et en fait, en désertant tout en le criant haut et fort, tout en indiquant où se trouvent les chaloupes, je crois que c’est faire preuve de bien plus de solidarité. Cela donne la chance aux autres, entre deux gorgées de plaisir fugace, de réfléchir un peu, et peut-être de leur donner les moyens de quitter le navire à temps.

Certains quittent le navire en silence, en se tenant très discrets. Par exemple le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a acquis une île en Nouvelle-Zélande toute équipée en fermage permaculturel, et se promène toujours avec un jet privé prêt à décoller à la minute près. C’est un fait sur lequel le principal intéressé, à ce que je sache, n’apprécie pas s’attarder en public. Je soupçonne un certain nombre de puissants, notamment des banquiers, de jouer la comédie le temps de s’enrichir tant qu’ils le peuvent, tout en se tenant prêt à s’exfiltrer en temps opportun. À titre personnel, je connais des individus qui ont déjà quitté le navire, qui ont embarqué en silence sur une chaloupe et qui se préparent tranquillement à la fin officielle du Monde Ancien.

Dans ce contexte, si ça soulage les nerfs de certains ne me traiter d’égoïste, qu’ils le fassent, je ne suis pas à ça près. Pourtant ne leur en déplaise, un jour comprendront-ils peut-être que ma démarche en est une de solidarité.

En autant que les événements nous en laissent le temps, nous aborderons de très nombreux domaines appelés à être révolutionnés par cette nouvelle donne qui arrive qui est la raréfaction de l’énergie et des ressources : l’habitat, l’alimentation, l’énergie, la soutenabilité économique, les relations sociales, le transport, la sécurité, la participation citoyenne, l’éducation, la santé, la solidarité sociale, etc. Tout est à réinventer, car tout est configuré sur un modèle qui a déjà commencé à chanceler, et qui va progressivement s’effriter jusqu’à l’effondrement.

Bien sûr, si comme collectivité nous acceptions de cesser enfin de nous mentir à nous-mêmes, nous pourrions faire un grand projet de société. Malheureusement la masse suicidaire nous écarte de cette option, et c’est pourquoi il nous faut faire cavaliers seuls tout en tendant la main aux autres conscients prêts à changer, c’est ce à quoi je m’attache ici. Je mise avec confiance sur le fait que la communauté des conscients et des adaptés vivra une croissance exponentielle, et que cette croissance vertueuse sera en mesure d’assumer une disruption de modèle de société à la hauteur de la disruption destructive que nous promet la masse actuelle.

Remontons-nous les manches, l’Histoire nous attend.

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