Heureusement, il est enfin trop tard…

Nous avons atteint un état irréversible, et peut-être, si on ne s’obstine pas à creuser notre tombe, je dis bien peut-être, il va nous sauver.

Je parle de l’état d’irréversibilité induit par le blocus ferroviaire.

Une de mes motivations à fuir la ville et subséquemment à vendre ma maison, c’est lorsque j’ai réalisé la facilité, pour des raisons parfaitement justifiables, à des groupuscules de couper le courant de toute la métropole. C’est très probablement ce qui pend au nez de tout le monde en ville, et à quoi sert d’avertir quand la population refuse de comprendre les raisons justifiables pour lesquelles une telle atrocité aurait lieu? Si vous ne comprenez pas l’usage du mot « atrocité », je lance ma quatrième balle (-> Ravage de Barjavel). Si vous ne comprenez pas l’usage du mot « justifiable », vous êtes dû pour (re)lire le blogue au grand complet depuis le début.

Je prie chaque jour de toute mon âme pour que la société change avant qu’une telle atrocité ait lieu, mais je suis empreint de réalisme : ça n’arrivera pas. Un junkie ne se sèvre pas par lui-même avant d’être enfermé en cellule de confinement et de sevrage.

Sincèrement je ne soutiens pas une telle chose, mais croire qu’il est farfelu de l’envisager, c’est se comporter en chasseur de licornes. Puisqu’il est illusoire de sauver des inconscients, au moins je donne leur chance aux conscients. Je préfère me consacrer à sauver le plus grand nombre, aussi faible soit-il.

Et c’est là, que peut-être, *PEUT-ÊTRE*, le blocus ferroviaire intervient juste à temps pour nous sauver.

Tout d’abord, examinons la situation. Elle est très clairement explicitée par Casey Camp Horinek de la nation des Poncas d’Oklahoma.

Casey Camp Horinek pose clairement les enjeux : fini le niaisage, cette fois il est temps de se sortir la cire des yeux.

D’abord je profite de cette vidéo pour vous dire que comme thermoindustriel je prends acte de mes limites, et que je ne suis pas en mesure de préparer aussi vite et aussi adéquatement que requis mes enfants. C’est pourquoi je les confie régulièrement aux bons soins de membres des Premières Nations qui les initient à la Nature, non pas sur un écran d’ordi, mais dans la vraie vie. Peut-être mes enfants seront un jour en mesure de me sauver la peau, grâce au sage enseignement des Mohawks qu’ils reçoivent dans le cadre du programme Coyote. Après une seule session je les trouve bien plus débrouillards qu’il m’aurait été permis de l’imaginer, et ils attaquent à la fin de l’hiver leur seconde session. Juste comme ça… des fois que vous aussi vous avez des enfants et voulez leur offrir une assurance-vie…

Ici, les mal pris, c’est nous, les thermos. Les Premières Nations le savent, après tout ce qu’ils ont subi il serait facile pour eux de s’en réjouir, mais heureusement ils sont plus allumés et généreux que nous le sommes, ils nous tendent la main. Molly Wickham, porte-parole de la nation Wet’suwet’en, précise les choses :

Molly Wickam de la nation Wet’Suwet’en précise la situation.

Ils pourraient attaquer le réseau électrique, mais ils ne sont pas assez sans-coeur pour le faire. Ils s’en prennent au réseau ferroviaire. Ce qui est une façon bien plus respectueuse, bien moins cruelle, que celle qui ne manquera pas d’arriver de la part d’autres groupuscules si on persiste à se comporter comme des imbéciles dégénérés.

Et pourtant, regardez la réaction des thermos : elle suggère le pire.

Panique à bord parce que l’approvisionnement en ketchup et mayonnaise est affecté (quand ce n’est pas l’approvisionnement en crème glacée en plein mois de février, ce qui est révélé par un commentaire de l’article…)

Un commentateur cowboy, Luc Lavoie, qui incite à tirer une balle dans la tête des auteurs du blocus (comme quoi, il y a quand même bien pire que Mario Dumont), ce qui incite à une double inquiétude.

La première, c’est qu’au Québec, une contrée historiquement pacifique, une figure publique puisse s’autoriser à une telle suggestion en ondes. La deuxième, c’est que si je suggérais ici de tirer une balle dans la tête de Luc Lavoie, CE QUE JE NE FAIS PAS, je finirais la journée au poste de police. Bizarrement (ou non), Luc Lavoie savoure son dimanche en famille sans jamais avoir été inquiété.

Il est vraiment temps pour nous de se réveiller, car comme indiqué en début d’article, nous avons atteint l’irréversibilité.

Les Premières Nations se rassemblent et nous demandent une attitude respectueuse, sous peine d’en baver pour vrai cette fois.

Des militant non-autochtones ont bloqué l’accès ferroviaire de St-Lambert. Ayant suivi une formation en militantisme non-violent, je peux vous dire comment normalement ce blocage aurait dû finir. Les militants auraient défié l’injonction de justice à libérer la voie ferroviaire. Les policiers les auraient délogés les uns après les autres, quitte à attraper chaque manifestant à quatre policiers, un policier à chaque membre. L’opération aurait été filmée par les medias et par des manifestants avec leurs cellulaires. La vidéo aurait fait le tour du monde et la cause environnementale (qui en fait est la cause humaine, car c’est bien les humains et non la Nature ici qu’il s’agit de sauver) aurait gagné.

Hé bien les manifestants de St-Lambert ne se sont pas donné cette peine. Ils ont libéré la voie sans que personne ne les bouscule. Car ils savent qu’ils ont gagné : la démonstration a été faite que ce blocus bon-enfant ne fait qu’annoncer les prochains qui le seront bien moins, à moins que notre société de junkies consuméristes agisse de façon enfin responsable. En commençant, et ce ne sera qu’un début, par annuler l’installation du gazoduc. La surveillance et la protection des réseaux d’approvisionnement, qu’ils soient ferroviaire ou énergétiques, serait tellement énergivore qu’elle est matériellement impossible.

Et l’analyse de la journaliste allumée (oui oui, ça existe, même dans le Journal de Montréal) Josée Legault termine de clouer l’analyse de la partie d’échecs : nous sommes échec et mat.

Sans violence. Du moins si on a l’intelligence de coucher notre roi.

Heureusement, il est enfin trop tard.

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