Vivre dans un monde limité

Nous avons pris le temps dans le dernier article de regarder les choses en face. C’est la condition préliminaire pour prendre les bonnes décisions. Si l’on refuse de comprendre une situation et qu’on s’évertue à rêver stupidement dessus, on prend des décisions délirantes et fantasmées qui sont totalement découplées du réel. C’est sympa, c’est rigolo, ça réconforte, mais bon, habituellement ça empire la situation.

Pour formuler de bonnes solutions, il faut bien comprendre le problème.

Nous vivons dans un monde limité. J’ai l’air de rabâcher, et je l’assume. Parce que maintenant et pour le reste de l’Histoire de l’humanité, c’est avec cette réalité qu’il va falloir composer. Ce qui veut dire qu’il faut arrêter de se comporter comme dans un monde illimité. On a voulu l’ignorer, et ça va pas manquer, la facture va arriver. Vous vous en doutez, elle ne sera pas belle.

Vivre dans un monde limité, ça veut dire qu’on ne peut pas tout faire. Ça veut donc dire qu’il va falloir procéder à des arbitrages.

Le premier des arbitrages, c’est de faire la part des choses entre ce que l’on veut faire (et ne veut pas) et ce que l’on peut faire (et que l’on ne peut pas).

On ne veut pas le faire et on ne peut pas le faire : parfait c’était la partie facile, un dossier de réglé 😊.

On veut le faire et on ne peut pas le faire 😔. Là il va falloir sortir les mouchoirs pour certains. On pourra rêver en s’endormant dans notre lit le soir, mais il faut pas que ça aille plus loin. On retrouve là :

  • la croissance infinie : ça défie les lois de la physique et de la santé mentale. Je ne peux pas croire que rendu(e) là, si vous suivez ce blogue, que vous y croyez encore si vous y avez jamais cru.
  • La société de consommation, consubstantielle à la croissance infinie. Consommer de façon infinie est totalement impossible, parce que l’énergie abondante est bientôt terminée, et parce qu’on a pas mal bousillé les ressources. Ça défie les lois de la physique. Vous me direz « on peut aller piller Mars », en dehors du fait que ça aussi c‘est totalement impossible pour des raisons d’EROI (le coût énergétique d’extraction sur Mars est intersidéral).
  • la société des robots à notre service (ressources minières limitées et énergie industrielle abondante au bord de l’épuisement). Les robots ont besoin d’énergie pour fonctionner, et ils ont encore plus besoin d’énergie pour être usinés, et encore plus pour extraire les minerais et les terres rares qui nécessairement iraient avec. Les robots en bois animés par le vent… je crois pas que ce sera très intéressant.
  • Les régimes de retraite par répartition : ces régimes sont alimentés par la croissance du PIB. Si la croissance du PIB s’effondre, et elle va s’effondrer de gré ou de force, plus de retraite par répartition. Désolé pour les bientôt retraités 🤷🏻‍♂️.
  • L’épargne financière. Si la croissance du PIB s’effondre, et elle s’effondrera de gré ou de force, l’épargne ne peut plus être rémunérée. Elle peut même être anéantie en quelques jours ou même quelques heures. Désolé pour les épargnants 🤷🏻‍♂️.
  • Le futur à la Jeremy Rifkin (la troisième révolution industrielle) : c’est un projet magnifique, mais qui n’a jamais tenu compte des limitations de ressources minières et de l’EROI d’extraction. C’était beau, c’était sympa, mais si je veux rêver je me regarde un Starwars, le visage angélique de la Princesse Leia me semble bien plus divertissant.

On peut le faire et on va bien faire attention de ne pas le faire, parce que c’est quelque chose qui n’est pas acceptable dans nos valeurs, et que si on laisse ces choses arriver, elles constituent un danger potentiellement fatal pour notre société ⚠️ :

  • La dictature verte : on peut mettre au pas tous les chasseurs de licornes. Il y a plein de façon de s’y prendre. Des milices armées (voir la série la Servante Écarlate) jusqu’aux micro-groupes commandos qui iront couper les lignes de haute tension. Et chaque semaine qui passe à tirer des plants sur la comète, à rêver stupidement de croissance infinie, nous en rapproche. Alors pour ceux qui rêvent (et bien sûr il y en a aucun qui lit ce blogue), c’est le temps de cesser de jouer à la Belle Aux Bois Dormants. Certains écologistes rêvent d’une action solidement musclée, et leurs rangs grossissent. Ils ont perdu une telle foi en l’humanité consumériste qu’à leurs yeux elle peut passer aux pertes et profits. Moi personnellement, je me refuse d’avoir un avis là-dessus. Regardons de quoi est capable cette humanité. Si elle est vraiment consumériste jusqu’au suicide, qu’elle le fasse. Mais je vais humblement (avec des centaines de milliers d’autres conscients) contribuer à lui offrir des portes de sortie afin qu’elle ne se rende pas jusque là. On va bien voir si elle prendra ces portes de sortie ou si elle voudra continuer son suicide par consommation…
  • Le pendant de la dictature verte, la société autoritaire.
  • La société de l’IA. L’IA est un robot d’intelligence. Au lieu de faire des actions, l’IA intègre de l’information, la traite, et en produit, à une vitesse qui dépasse de très loin de quoi est capable un humain. Habituellement, elle sert des gens qui ont bien davantage à coeur leur intérêt à eux plutôt que le vôtre. Moi, je suggère fortement de vous en passer quand il n’y a pas une solide structure démocratique pour contrôler ce qui arrive à ces informations. Ensuite on doit mettre les infrastructures informatiques au régime, et l’IA est terriblement consommatrice de ressources informatiques et d’énergie. Il faut y aller mollo sur l’IA et ne la mettre en action que sous harnais, au profit du bien commun et pas au profit du bien privé.
  • Laisser du monde sur la paille. Ce n’est pas parce que la fin des régimes de retraite par répartition est garantie et relativement imminente qu’on va laisser nos aînés sur la paille. Et on veut pas non plus laisser les pauvres sur la paille. Ni les personnes seules (essentiellement des femmes mais pas seulement). Ni les malades. Probablement que j’en oublie bien involontairement, merci de ne pas me traiter de blanc-raciste-individualiste-pourri-choyé-…
  • Dépasser le 2ºC de dérèglement climatique. Parce que ça c’est condamner nos enfants. C’est eux, ceux que vous serrez dans vos bras, qui vont vivre avec les conséquences de cette affaire-là. Présentement on est à +3ºC/+5ºC. Ils ont l’actuel statut de condamnés. Il faut que vous preniez conscience qu’à terme il y a bien des parents qui ne laisseront pas perdurer cette situation. Ça veut dire que si la situation refuse de se régulariser de gré, ils la régulariseront de force (voir l’item sur la dictature verte plus haut).
  • Sauter dans le vide sans parachute. Le mode de suicide avéré des croissancistes c’est de dire « On fait des conneries maintenant, la technologie qu’on ne connaît pas et dont on n’a encore moins fait les preuves se chargera de régler les problèmes ». À partir de maintenant, on pense à très long terme, et on REFUSE toute forme de promesse technologique. Soit la technologie est là, soit elle est pas là. Si elle est là on l’évalue, si elle est pas là on ne compte pas dessus.
  • Trouver qu’on est trop nombreux et procéder à des méthodes volontaires de suppression de population. Ça a l’air gore comme ça, mais il faut reconnaître que poursuivre la croissance revient indirectement à mener une telle politique par appauvrissement de l’énergie et des ressources, ou par dérèglement climatique qui fera plus mal aux pauvres qu’aux riches. C’est de façon plus ou moins avouée la démarche d’une portion importante et croissante de l’actuelle classe dirigeante. Si vous ne me croyez pas intéressez-vous aux travaux des Pinçon-Charlot.

On va le faire 👍:

  • Mettre à niveau la consommation avec ce que peut fournir durablement l’énergie et les ressources. Cela pourrait de façon ultime mener à une société post-industrielle très comparable à une société pré-industrielle. C’est pas drôle, mais que voulez-vous, les gens auraient du y penser avant de se comporter comme des piranhas dans un aquarium de guppies.
  • La société de consommation n’est pas tenable, mais la société du soin et du savoir l’est. L’épanouissement ne se trouverait plus dans consommer, mais dans soigner. Soigner les gens, soigner la Terre, soigner le vivant. Une grande annonce en matière de politique monétaire va avoir bientôt lieu pour ouvrir des portes, on est en phase de recueillement de signatures de soutien à notre projet.
  • S’efforcer de préserver au mieux l’esprit d’initiative et les libertés individuelles dans le respect des limites en ressources et énergie. Il faut s’attendre à ce que l’avion et la viande industrielle en prennent un méchant coups, et pas seulement ça. Mais c’est ça ou perdre encore plus de libertés plus tard.
  • Reconnaître le droit à la vie pour l’ensemble des espèces : on donne un coup d’arrêt immédiat à l’extermination du vivant sur les territoires sur lesquels on a le contrôle. Cela inclut notre territoire, et les territoires de ceux qu’on fait vivre (nos partenaires commerciaux).
  • On va limiter autant que faire se peut la violence de la transition : chaque fois qu’on peut raisonnablement faire la transition en douceur, on va la faire en douceur. Quand on n’aura pas le choix d’y aller vite et fort, on ira malheureusement vite et fort.
  • Dans la liste des choses qu’on veut faire et qu’on peut faire, il va falloir procéder à une nouvelle étape d’arbitrage : on veut et on peut faire chaque item pris individuellement, mais l’ensemble des items ne rentrent pas ensemble dans un monde limité. Par exemple on peut choisir de maintenir notre niveau de vie d’une part, et de rester sous la barre des 2ºC d’autre part, mais les deux ensemble ne peuvent pas rentrer dans les limites de notre monde actuel (voir article sur la résolution de l’équation de Kaya). Il faut choisir soit l’un soit l’autre, et comme on a choisit de façon non négociable de rester sous la barre des 2ºC, on doit de façon non négociable descendre notre niveau de vie.

Mais pour faire cette transition, il faudrait que notre espèce se réveille. Et chaque semaine qu’elle perd à se réveiller, qu’elle continue à dévorer son champs des possibles, elle restreint ses possibilités de transition.

Il va falloir assumer la situation, et procéder à un travail de déconstruction. Non on n’a pas besoin de 50 marques de marteaux au Canadian Tire, non on n’a pas besoin de troisième lien à Québec.

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J’espère que vous réalisez que ce que vous venez de lire est plus ou moins de la bullshit: on n’a aucune espèce de levier sur les autres, sinon essayer de les conscientiser.

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C’est là que la partie intéressante arrive.

Faute d’avoir ce projet en société, on peut avoir ce projet tout seul, en famille, ou en collectivité. Les autres, on les laisse couler parce qu’après tout, ils le veulent bien: ils veulent que ça change, mais refusent de changer. On peut et on va bien sûr les aider, en autant qu’ils le veuillent. Mais on attend pas leur accord pour nous sortir, nous, de ce suicide. On fonce, parce qu’on aime et on respecte la vie, et parce que pour la plupart d’entre nous, on a des enfants et on veut leur offrir un avenir.

La permaculture est un savoir fondamental pour développer ce projet de vie sereine à une micro-échelle.

C’est ainsi qu’à l’heure où vous lisez ces lignes, des centaines, peut-être même des milliers de familles au Québec qui ont ouvert les yeux, partent s’installer en nature pour s’installer en auto-suffisance. Ils partent sur les chaloupes pendant que le Titanic coule.

Ma chaloupe est prête. Mais je reste sur le pont pour en aider un maximum avant qu’il ne soit trop tard.

Résoudre l’équation de Kaya : « Bienvenue dans le Monde Nouveau »

L’équation de Kaya nous projette dans notre réalité, celle qui a toujours été la nôtre, et que nous n’avons, pour la plupart, jamais acceptée, ou du moins jamais pleinement intégrée. Car elle dicte la remise en cause totale de notre système socio-économique, le réflexe premier a toujours été de la repousser du revers de la main, à la façon qu’on remettrait toujours à plus tard la déclaration d’impôts annuelle.

J’avais jusqu’ici un vieil adage : « Il y a deux choses qu’on ne peut pas contourner : la loi de la gravité et la loi du fisc. Ignorer l’une ou l’autre ne peut mener qu’à une catastrophe ». Je réalise à l’instant que je vais l’adapter en ajoutant Kaya à la liste des lois incontournables.

L’équation de Kaya nous projette dans la réalité de notre monde qui est celle-ci : « notre monde est limité ». Vous me direz « En voilà un scoop… » Et pourtant, oui, je vous l’assure, c’est tout un scoop. C’est l’aube d’une révolution intellectuelle qui probablement surpasse celle de l’acceptation de la sphéricité de la Terre, car notre société se comporte avec l’inconscience et l’aveuglement de ceux dont elle se moque volontiers, à savoir les Terre-platistes.

Notre monde est limité, et nous nous comportons comme s’il ne l’était pas. Nous consommons les ressources comme si elles n’avaient pas de limite : destruction des forêts, désertification des terres arables, pollution des océans, surpêche… et comme le démontre l’évident constat du comportement de notre espèce au regard de l’équation de Kaya, nous nous comportons comme si nous pouvions rejeter dans l’atmosphère du CO2 sans limite.

Et c’est exactement le dogme central de notre société qui est remis en cause ici : celui de la croissance infinie. Comme le dit très bien Marie Adler, l’héroïne de la série « Incroyable » sur Netflix (fin de l’épisode 7) : « (…) Je crois que je ne perdrais pas mon temps. Je mentirais. Parce que même les gens qui ont un bon fond, même les personnes à qui on croit pouvoir faire confiance, si la vérité ne correspond pas à ce qui les arrange, si ce que vous leur dites ne rentre pas dans les cases, elles ne veulent pas vous croire. Même les personnes qui vous aiment beaucoup, c’est comme ça, elles ne vous croient pas. »

J’imagine que si vous avez lu jusqu’ici vous me croyez au moins un peu, et de fait je pense que je ne vous apprends pas grand chose, car nous sommes ici pour la plupart entre initiés. Mais cela explique en grande partie le déni civilisationnel dans lequel nous sommes plongés.

Voici donc dans quoi nous sommes immergés comme un corps lesté au fond de la mer, attaché à un boulet : un monde limité, sur lequel notre espèce refuse de faire le deuil de la croissance infinie.

Certains diront que la croissance est une notion économique, donc purement comptable, totalement découplée de la réalité physique. À ceux-ci je réponds « C’est très bien : montrez-nous comment vous comptez faire de la croissance économique découplée du monde physique. » Ça revient un peu à leur dire « Montrez-nous que le Père Noël existe », mais ça ils ne le reconnaîtront jamais car si le Père Noël n’est déjà plus dans leurs croyances, la croissance infinie, elle, en fait toujours partie. Comme le dit Marie Adler, si ce que vous dites ne rentre pas dans les cases de ceux qui vous entendent, ils ne vous croient pas. La fameuse révolution économique immatérielle du génie logiciel n’a pas eu lieu et n’aura pas lieu. Un ordinateur exige la mobilisation de quantités astronomiques de ressources minières (limitées), lesquelles mobilisent une consommation de pétrole et une production de GES hallucinantes. Un réseau informatique (réseaux de données, serveurs, postes clients…) consomme une quantité apocalyptique d’énergie. Depuis près d’une décennie, la production de GES par l’Internet a déjà dépassé celle occasionnée par le transport aérien. Clouons tous les avions au sol, et ne coupons rien à l’Internet, et la situation n’est physiquement toujours pas tenable. Et pour terminer, habituellement un ingénieur logiciel s’attend à un revenu conséquent (d’autres secteurs sont bien plus attrayants en matière de bénévolat), et quoi faire avec un revenu conséquent, sinon s’acheter une belle voiture, des billets d’avion, une grosse maison énergivore, etc. On n’a pas besoin d’argent pour s’émerveiller devant des têtes-de-violon, ou bien méditer dans la rosée du matin, ou vivre pleinement l’instant présent devant la magnificence d’un lever de soleil sur le fleuve St-Laurent.

Source : Bernard Faubert (mai 2018)

La croissance économique est directement couplée à la croissance de la consommation physique de ressources et d’énergie, et à la croissance de la production de pollution, c’est incontournable.

Que l’on croit ou non à la réalité physique, elle n’en est pas pour autant moins palpable. La succession des canicules meurtrières, les feux en Alberta et en Australie le confirment : le dérèglement climatique est à l’oeuvre.

L’Australie en flammes, et ce n’est qu’un début

L’équation de Kaya nous indiquait comment l’éviter, il est malheureusement trop tard. Au moins, pour ceux qui acceptent d’ouvrir leurs cases, cette équation nous indique comment limiter ces dérèglements, et de fait elle nous prescrit de totalement révolutionner notre rapport à l’énergie, ce qui indirectement nous prescrit de révolutionner notre rapport au monde.

Sans énergie, impossible de se chauffer, impossible de se déplacer, impossible de se nourrir, impossible d’étudier, impossible de consommer, impossible… tout devient impossible.

De fait, la clé ne réside pas dans se passer d’énergie, car comme nous l’avons vu plus tôt, l’énergie c’est la vie. La clé réside dans se passer d’énergie carbonée. C’est-à-dire ni plus ni moins de faire le deuil de la civilisation thermo-industrielle : une civilisation à l’énergie abondante et peu chère. Le pétrole peu cher vit à l’instant ses derniers moments d’euphorie, ceux qui précèdent l’envol final pour un autre monde. Je reviendrai une autre fois sur le mirage des énergies dites « vertes », car lui aussi c’est un beau mirage qui mérite à lui seul plus qu’un article au complet.

Les gens qui reprennent l’équation de Kaya et se concentrent avec l’énergie du désespoir sur l’amélioration du mix énergétique pour jouer sur sa nuisance, ceux-là refusent de regarder les choses en face : on ne change pas un mix énergétique en dix ans, et on en change à peine en vingt ans. On en a au plus trente.

Les gens qui reprennent l’équation de Kaya et se concentrent avec détermination sur l’amélioration de l’efficacité énergétique, eux, sont déjà dans une démarche d’adaptation profonde. Vous trouvez là les véganes (l’alimentation à haute efficacité énergétique), les cyclistes (le déplacement à haute efficacité énergétique), les porteurs de deux couches de chandails l’hiver (la régulation thermique à haute efficacité énergétique), les gens qui passent des vacances locales (les vacances à haute efficacité énergétique), les praticants de toilettes à compost (la gestion de 💩 à haute efficacité énergétique), les permaculteurs (l’agriculture à haute efficacité énergétique), les gens qui privilégient la famille et les amis (le bonheur à haute efficacité énergétique…). On peut clairement faire beaucoup de choses là.

Les gens qui font preuve de réalisme reprennent l’équation de Kaya, poussent un soupir de tristesse mêlée de résignation, et comprennent ce qui attend le revenu moyen. Notre niveau de vie va radicalement baisser. Soit on le baisse pour échapper à une catastrophe climatique, soit il va baisser du fait de catastrophes climatiques qui dureront des siècles et qu’on aura refusé de gérer à temps, imitant dans le déni climatique de façon toute aussi criminelle et stupide le déni épidémiologique de Trump sur la COVID.

L’horloge de la mort de Trump, mise-à-jour en temps réel sur www.trumpdeathclock.com

Pour vous donner un ordre d’idée, pour atteindre à temps la diminution de CO2 compatible avec la limite des 2ºC (déjà catastrophique), il nous faut procéder immédiatement à une baisse annuelle de 4% des émissions de GES (ou du revenu moyen, prenez-le comme vous voulez) pendant 30 ans. Par « intérêt composé décroissant », les dix premières années seraient les plus difficiles. À date, l’arrêt économique induit par la COVID a induit une baisse de 4% des émissions de GES.

Il faudrait une COVID supplémentaire par année pour au moins dix ans.

On ne change pas un mix énergétique en 10 ans.

À moins d’une dictature (on quintuple le prix de la viande et des voitures neuves et on fout en prison ceux qui se révoltent et si on n’a pas assez de prisons on les fusille), une efficacité énergétique ne se gagne pas aussi vite en 10 ans. Les petits gestes permettent de sensibiliser, mais ne permettront pas d’échapper à la catastrophe dans une marée de folie consumériste endoctrinée, où depuis le berceau les enfants sont biberonnés à l’idée que réussir sa vie se mesure à la hauteur de son revenu.

Le revenu moyen, ça ça peut se baisser vite. Avec les révoltes qui ne manqueront pas.

C’est fini. Ce monde est fini.

Heureusement, pour ceux qui le comprennent et l’acceptent, on peut faire un autre monde. Un monde d’adaptation profonde qui allie renoncement, résilience et réparation. Un monde qui, en prime, nous remplit de bonheur. En laissant la pénurie énergétique aux autres, en laissant la pénurie de ressources aux autres, en laissant les révoltes violentes aux autres, en laissant la souffrance, la maladie et la mort aux autres.

Mais pour revivre, il faut accepter de mourir. Il faut accepter la fin de cette vie pour avoir le droit à une nouvelle.

Le Monde Ancien est mort. Vive le Monde Nouveau.

(Et il fera chaud dans ce Monde Nouveau)

En ce jour de la fête des Mères, Mère Nature nous parle

En ce jour de la fête des mères au Québec entre autres, je veux laisser la parole à la Mère des Mères, Mère Nature.

Mon prochain article sur l’adaptation à l’équation de Kaya risque d’en ébranler quelques-uns, et j’ai pensé que ce message de Mère Nature aidera tout le monde à passer au travers de ce que tout le monde pressent, et de ce que je me contenterai de tout simplement verbaliser dans mon prochain article.

La Mère des Mères nous parle

« Moi est plus important que vous »

Je vous ai promis en fin de mon dernier article de vous proposer une réflexion sur comment répondre aux contraintes de l’équation de Kaya, qui est l’équation de la fin de notre monde.

Je prends un intermède cinéma pour vous préparer psychologiquement, et vous questionner intellectuellement, au sujet de ce qui nous attend si nous choisissons de préserver notre avenir.

Merci au travail extraordinaire des Parasites, auxquels on doit au passage la magnifique série L’effondrement qui a été diffusé sur Canal+ (France) et dont je diffuserai au compte-goutte les épisodes au cours des mois prochains, en autant que le droit d’auteur m’y autorise.

Pour comprendre l’avenir, on ne peut faire l’économie de comprendre le présent.

Voici Crise d’Empathie des Parasites. Bon visionnement 🙂

Kaya : l’équation de la fin de notre monde

Aujourd’hui nous allons aborder un concept des plus redoutables : ceux dont la simplicité est indiscutable, et les conséquences incontournables. Pour ce faire nous allons faire ensemble un peu de sciences de l’ingénieur qui vous sont totalement accessibles.

L’économiste japonais Kaya a proposé dans les années 1990 une équation qui met en relief les paramètres sur lesquels il nous faut jouer pour limiter les émissions de CO2 anthropique (produit par l’activité humaine, c’est-à-dire nous, c’est-à-dire entre autres moi personnellement et vous personnellement avant les autres). Et ce que personnellement je trouve très intéressant dans cette équation, c’est qu’elle met en relief à la fois les dimensions qualitatives du problème (sur quoi on doit agir) et sur ses dimensions quantitatives (dans quelles mesures on doit agir).

Commençons par quelque chose de très simple.

Les émissions anthropiques de CO2 sont égales aux émissions anthropiques de CO2, je suis sûr de n’avoir perdu personne jusqu’ici.

Maintenant nous allons faire une opération qui vous est accessible depuis très longtemps déjà. Nous allons diviser un terme par une valeur, puis remultiplier par la même valeur pour retourner au terme de départ. Quiconque s’est amusé avec une calculatrice sait que si on divise quelque chose par 3 et qu’on remultiplie par 3, on retombe sur le quelque chose de départ.

Divisons le terme de droite par E, soit l’énergie consommée, et remultiplions par E pour conserver notre égalité de départ.

Mise en évidence de la nuisance énergétique

Le terme C02/E est la quantité de CO2 émise par unité d’énergie consommée : plus ce rapport est grand, plus la consommation énergétique est polluante, plus ce rapport est petit, moins la consommation énergétique est polluante en CO2.

Mais, me direz-vous, pourquoi consomme-t-on de l’énergie? Pour répondre à nos besoins, c’est-à-dire pour faire tourner l’économie. Pas d’énergie, pas d’économie. Et pourquoi ferait-on tourner l’économie? Pour générer de la richesse matérielle et du confort.

Rendus là, nous allons introduire la notion de PIB (Produit Intérieur Brut) qui est un indicateur de la richesse consumériste produite par une communauté. Comme plus haut, nous allons diviser puis remultiplier la partie droite de l’équation, mais cette fois par le PIB.

Mise en évidence de l’inefficacité énergétique

Le terme E/PIB est la mesure de l’inefficacité énergétique : plus ce rapport est grand, plus il nous faut d’énergie pour générer un dollar ou un euro de richesse matérielle, plus ce rapport est petit, moins il me faut d’énergie pour générer la même richesse.

Mais, me direz-vous, pourquoi générer du PIB, c’est-à-dire des richesses matérielles? Pour s’assurer notre confort matériel. Ni vous ni moi ne voulons passer l’hiver tous nus à se nourrir de neige, et puis tant qu’à faire, pourquoi ne pas se payer des vacances dans le sud, avoir une grande maison, deux grosses voitures, un chalet… Et ces richesses produites par la communauté, on se les partage (très inéquitablement je vous le concède) au sein de la communauté.

C’est pourquoi rendus là nous allons introduire la notion de POPulation qui est un indicateur du nombre de personnes entre lesquelles partager la richesse matérielle produite. Comme plus haut, nous allons diviser puis remultiplier la partie droite de l’équation, mais cette fois par la POPulation.

Mise en évidence de la richesse matérielle individuelle PIB/POP et de la population.

Vous avez devant vos yeux l’équation de Kaya et tous ses paramètres. En utilisant les libellés descriptifs de chaque paramètre, on obtient l’équation de Kaya sous sa forme textuelle : « les émissions anthropiques de CO2 d’une population sont égales à la nuisance énergétique, multipliée par l’inefficacité énergétique, multipliée par la richesse matérielle individuelle produite, multipliée par l’effectif de la population. »

Pour espérer ne pas dépasser le 2ºC de réchauffement climatique global, qui serait catastrophique, il nous faut diviser par trois nos émissions anthropiques totales de CO2 d’ici 2040.

Examinons nos paramètres.

Va-t-on pouvoir jouer favorablement sur le facteur POPulation?

Pourrons-nous diminuer par trois la population d’ici 2040? Je suis certain que non, et vous aussi. Heureusement il nous reste encore un peu d’éthique. Nous ne nous attarderons par sur des solutions aussi imaginatives que cruelles et barbares pour procéder à une telle diminution de la population.

Alors abordons la question avec plus de réalisme. Pouvons-nous ne pas augmenter la population d’ici 2040, et donc faute de la diminuer, pouvons-nous la stabiliser? Je suis pas mal certain que non, et vous aussi probablement. Je me rappelle il y a quelques années lorsque le Collège des Médecins du Québec avait soulevé avec ironie que le gouvernement québécois soutenait financièrement les soins à la procréation médicalement assistée tout en encourageant à la stabilité populationnelle. La remarque les avait fait traiter par la population de fachos, de tarés, de criminels, de malthusiens. Vous noterez que le Collège n’avait rien proposé, il avait juste fait une remarque amusée, et qu’il s’était sans le vouloir fait candidat parfait pour la vindicte populaire. Une chance que les jeux romains et leurs lions soient chose du passé.

Non, la population ne sera pas stabilisée. Si vous croyez le contraire je vous encourage à vous débarrasser au plus vite de votre collection de Bisounours et de Calinours.

Les démographes nous parlent d’une augmentation de la population d’un facteur 1,6 de 2010 à 2040.

Ce qui augmente d’autant la pression sur les autres paramètres.

Reprenons notre équation et abandonnons toute forme d’espoir vain sur la population.

Aucun espoir du côté de POP, essayons-nous sur E/PIB

Regardons ce qu’il est possible de faire du côté de l’inefficacité énergétique, soit E/PIB. On peut faire de nombreuses choses : amélioration de l’efficacité thermique des bâtiments, production alimentaire locale, etc.

Remarquons d’ores et déjà que si la pression augmente de 1,6 sur la population, il faut la diminuer de 1,6 x 3 (n’oubliez pas qu’on doit diminuer d’un facteur 3 le tout) sur les autres facteurs, ce qui donne une diminution de pression obligatoire de 5 sur le tout sauf population.

Il se trouve que l’efficacité énergétique est quelque chose qui est soumis à …. (rrrrrrrrrrrrroulements de tambour)… le sujet central de ce blogue… l’efficacité énergétique est soumise à… TADAAAAAM… DES LIMITES PHYSIQUES (Hey que vous êtes bons! 😉👍)

Non, on ne peut pas faire de voiture efficace à 100%, parce qu’elle est lourde, parce que ça frotte sur la route, parce qu’il y a le frottement du vent, parce qu’il faut chauffer en hiver au Québec… etc. Non, on ne peut pas faire de frigo efficace à 100% parce qu’il y aura toujours des fuites thermiques, etc.

Mais on peut faire des choses intéressantes quand même en matière d’efficacité énergétique. C’est sûr qu’un potager local qui ne consomme aucune énergie industrielle et qui nourrit ses hommes est autrement plus efficace que des denrées qui ont parcouru une moyenne de 3000 km entre le champs et l’assiette. Mais non, on ne diminuera pas la pression de l’inefficacité énergétique d’un facteur 5 en se contentant de faire pipi sous la douche (pas trop chaudes ni trop nombreuses les douches 😜). Il faut changer le monde tel que nous le connaissons pour pour gagner en efficacité énergétique. On n’a pas un siècle pour le faire, on a 20 ans (on en a trente, mais si je dis trente les gens vont se dire qu’on peut faire ça en 40 ans, alors je prends mes précautions d’avance 😜).

Maintenant intéressons-nous à un autre facteur : la nuisance énergétique.

Après POP et E/PIB, intéressons-nous à CO2/E

Nous avons vingt ans pour diminuer très drastiquement la nuisance énergétique CO2/E, ou plutôt pour augmenter de plusieurs fois la décarbonation énergétique (rappelez-vous, on doit diminuer d’un facteur cinq la combinaison énergie carbonée et richesse individuelle – ouch! ça va faire mal!).

On a vingt ans pour se passer de plusieurs fois des énergies fossiles, sachant que l’énergie fossile est incontournable pour manufacturer les panneaux solaires, les batteries, les éoliennes et les barrages, et – attention les yeux sortez les mouchoirs et criez votre colère – mettre en place d’éventuelles centrales nucléaires. On ne rentrera pas aujourd’hui dans le débat de quel mix énergétique privilégier, ça viendra plus tard, gardez votre enthousiasme. Mais clairement il est question de changer les mix énergétiques d’à peu près tout le monde. Et on n’a pas 50 ans pour le faire. On n’en a pas 40. On a peut-être 30 ans, mais la vigilance suggère plutôt 20. Pour atteindre une limite que l’on sait déjà catastrophique.

Regardons – ouch ça va faire mal – si un peu d’espoir est permis au niveau de la richesse individuelle moyenne, soit PIB/POP (la richesse produite en PIB rapportée à la population pour avoir un indicateur individuel moyen).

L’espoir est-il permis au niveau de la richesse individuelle, soit PIB/POP ?

Êtes-vous prêt(e) pour une diminution de vos revenus de 50%? Excusez-moi, c’est peut-être intense… 20% peut-être?

Ou alors aucune augmentation, jamais?

Et que va-t-il se passer si on ne baisse pas radicalement nos émissions anthropiques de CO2?

Alors? Comment va-t-on pouvoir satisfaire aux contraintes de l’équation de Kaya sans que la société crashe au grand complet?

Je vous laisse quelques nuits passer là-dessus, ce sera le sujet du prochain billet.

Je ne crois pas qu’annoncer qu’il va falloir changer le monde, en profondeur, et vite, n’est ni une exagération, ni un scoop!

Méthodologie de solution : la modularité autonomique

En préambule, je tiens à exprimer toute ma sympathie pour les familles endeuillées et pour les familles angoissées avec le risque d’être contaminé ou de contaminer des proches au Corona. Le sentiment que j’ai peu exprimé jusqu’ici, et qui pourtant ne m’a jamais quitté, c’est la tristesse, mais aussi la colère et la révolte, qu’il ait fallu une crise de cette ampleur pour qu’enfin la population, et ses « leaders », commencent à allumer l’ampleur de l’erreur socio-économique commise jusqu’ici. Et avec une conjointe dans la santé qui part au front tous les matins, soyez bien assurés que c’est ma colère, ma révolte, ma tristesse et mon angoisse qui s’expriment régulièrement, et qu’en aucune manière je ne veux jouer au malin.

Mais le fait demeure que nous sommes partie intégrante de la Nature, et contre toute idéologie endoctrinante qui veut nous faire croire d’en être séparés, nous en faisons bel et bien partie. Ce qui implique de fonctionner selon Ses règles. Croire les nôtres supérieures est une erreur fondamentale et grossière dont la crise actuelle n’est qu’une terrible mais relativement légère introduction en guise de facture.

Pour faire court : l’effort d’adaptation requis est si radical et si urgent, que tout le monde ne sera pas en mesure de le produire. Pour nous, collapsologues, l’enjeu n’est donc pas de tout sauver, car tout ne peut être sauvé. L’enjeu est de sauver ce qui peut l’être. J’aimerais, dans l’idéal, y inclure tous les lecteurs réguliers de ce blogue.

Nous allons aborder aujourd’hui un concept méthodologique d’acquisition de résilience qui n’est qu’une simple dérivation de GBS (Gros Bon Sens) qui semble subitement effleurer nos leaders, toujours croissancistes, donc bien qu’un peu maintenant éclairés s’acharnent à demeurer dans la noirceur.

Je n’ai pas trouvé de littérature qui aborde explicitement ce concept méthodologique, alors dans l’attente d’une source officielle et reconnue je le baptise à l’instant « modularité autonomique », de préférence à « autonomie modulaire », craignant que le deuxième terme laisse croire que l’autonomie est optionnelle, ce qui vous vous en doutez serait une grave erreur.

Notre premier Ministre du Québec semble réaliser que l’autonomie du Québec en matière de besoins essentiels semble l’avenir à privilégier. Passons outre le fait qu’il ait fallu potentiellement entre 1000 et 9000 morts au Québec pour qu’il commence à le comprendre.

La résilience d’un système est sa capacité à fonctionner malgré des chocs majeurs. Pourquoi notre société, et nous individus, sommes si vulnérables et si peu résilients? Une bonne partie de la réponse réside dans l’ultra-spécialisation des fonctions de tous les sous-systèmes économiques et sociaux, ainsi que leur profonde interdépendance.

Un bel exemple est celui de l’agriculture, et nous risquons de le découvrir de façon encore plus cuisante dans les prochains mois. Nous avons choisi un modèle de développement où produire de la nourriture n’est pas notre affaire, mais celle d’autres personnes ultra-spécialisées, les agriculteurs. Ces agriculteurs dépendent de façon vitale d’autres systèmes : l’approvisionnement en produits pétroliers, de la main d’oeuvre agricole, des réseaux de distribution opérationnels, etc.

Que se passe-t-il si on a un problème de main d’oeuvre agricole? La capacité de production du système agricole s’en trouve affectée. Ce qui, selon la profondeur du choc, peut mettre à mal tout le système de production agricole. Ce qui, selon la profondeur du choc, peut mettre à mal tout le système social en cause, jusqu’à notre survie physique pure et simple. C’est un choc se propageant de proche-en-proche, la totalité du processus constituant un effondrement. Je vous joins une petite vidéo de modélisation pour vous aider à bien saisir le concept.

Modélisation d’un effondrement systémique par choc propagé de proche en proche.

Maintenant imaginez la même vidéo, mais avec des dominos :

  • rassemblés en petits groupes autonomes, c’est-à-dire sans interdépendance vis-vis des autres groupes
  • dans chaque groupe, joints les uns aux autres par des élastiques les entourant ou soudés par de la colle
  • et les groupes décalés sur les côtés les uns par rapport aux autres.

Vous comprenez dès lors que la vidéo deviendrait pas mal moins amusante, et l’effondrement inexistant. Les groupes constituent des modules de résilience, et pour ne pas être interdépendants les uns des autres il leur faut acquérir de l’autonomie : c’est la modularité autonomique.

Dissipons immédiatement toute confusion terminologique, ne confondons pas autonomie et autarcie (ou isolement). L’autonomie est la capacité de fonctionner sans dépendance de systèmes extérieurs. L’autarcie c’est autre chose : c’est le choix délibéré de se couper des échanges avec l’extérieur. L’autarcie exige un très haut degré d’autonomie, l’autonomie n’a aucun besoin de l’autarcie.

Le Premier Ministre du Québec veut plus d’autonomie pour le Québec, mais bien que cela constitue un projet d’amélioration de la résilience du Québec, ce n’est aucunement une garantie de sécurité pour le Québec. C’est une diminution de l’insécurité, mais c’est très loin de constituer un projet complet de résilience.

Un haut degré de résilience ne peut être obtenu que par une application aux différents niveaux de la société, en plusieurs couches concentriques, de l’autonomie. Ces différentes couches constituent la modularité autonomique. Ainsi la résilience (donc l’autonomie), doit être conférée du niveau le plus élémentaire au niveau le plus structuré :

  • l’individu
  • la famille
  • la communauté
  • la collectivité municipale
  • l’organisation régionale
  • l’État (dans notre cas le Québec)
  • le « super-État » (le Canada)
  • la planète géographique au complet

On pardonne à François Legault de se préoccuper uniquement de l’État, car après tout c’est son boulot, et pour un croissanciste, on ne peut qu’applaudir que deux bons fils se soient connectés.

Par contre il faut que chaque niveau de responsabilité parmi tous les niveaux énumérés plus haut connecte à son tour ses deux bons fils et prenne la bonne direction.

À partir de là un changement RADICAL de paradigme s’opère, et prenez le terme RADICAL dans son sens premier, soit « à la racine » et non pas son sens galvaudé « méchant et extrémiste ».

Pour un système ou un sous-système, l’autonomie ne s’acquiert pas en la téléchargeant sur Internet, bien qu’elle peut commencer en lisant une page du 3ème Petit Cochon sur Internet. L’autonomie exige :

  • de définir les secteurs essentiels d’autonomie. Je ne suis pas autonome parce que je serais devenu un expert en Lave-Vaisselles Bosch. Je proposerai une nomenclature des secteurs essentiels d’autonomie dans un prochain article.
  • de ne pas brûler ses ressources. Il est évident que si je brûle tous mes revenus au Casino, ou bien si je coupe du bois plus vite que ma parcelle forestière en produit, ou bien si je fais de l’agriculture intensive et destructrice sur ma parcelle de terre, je ne deviens pas autonome.
  • de développer ses ressources. Il est évident que si j’augmente mes revenus sans brûler mes ressources, ou si j’augmente mon revenu naturel en énergie solaire, ou en bois, ou en espèces végétales, j’augmente mon autonomie.
  • de développer ses savoirs-faire. Il est évident que si j’apprends à monter ou démonter par moi-même mon abri tempo plutôt que faire appel à un « spécialiste » (fait vécu, allez… faites-vous plaisir, riez de moi 😜), ou si j’apprends à maîtriser le bois de sorte que je peux fabriquer/construire une variété d’objets et de structures, j’augmente mon autonomie.
Une des créations 2019 de votre serviteur, ex-empoté assumé

Bon alors évidemment, dès lors on peut écrire des livres entiers sur l’acquisition de l’autonomie, et il se trouve que ces livres sont déjà écrits, alors je ne m’y attarderai pas.

Ce qui compte, c’est que vous compreniez :

  • l’importance vitale d’acquérir de l’autonomie pour limiter en nombre et en impacts les effondrements
  • les différents niveaux organisationnels (de l’individu vers la planète au complet) d’autonomisation
  • la différence entre autonomie et autarcie
  • les critères minimaux à respecter dans le processus d’autonomisation, notamment à l’égard des ressources et des savoirs-faire.

Rendu(e) là, vous comprenez ce qu’est la modularité autonomique, et vous devenez, si vous ne l’étiez pas déjà, un agent de changement.

Nous ne nous attarderons pas davantage sur la nature réelle de ce processus, soit renverser à 180 degrés à toute vapeur ce que la société croissanciste nous impose : sur-spécialisation, sur-productivité, sur-dépendance.

Allez, aujourd’hui je reconnais qu’au niveau conceptuel c’est du lourd. Pour vous récompenser de vous être rendu(e) jusqu’à la fin de l’article, et pour rire (car rire est aussi un acte de résilience), je vous propose ce petit bijou de drôlerie 😂

Rire est sain dans l’épreuve

Une autre économie est non seulement possible mais aussi inévitable

Pour commencer, rappelons-nous un petit bricolage d’enfance que nous avons fait sous le regard attendri parental, ou dans un cours de science de base. Pour ce bricolage virtuel ça vous prend une pile, deux fils conducteurs et une ampoule (adaptée à la puissance de la pile).

Nous avons tous joint les deux bornes de la pile aux fils conducteurs puis nous avons tous joint les deux fils conducteurs à l’ampoule et nous avons tous regardé émerveillés l’ampoule s’allumer : notre premier circuit était fait.

Voilà : vous avez là le minimum vital de compréhension en économie, et malgré tout ce que vous diront les prétendus experts (ou réels escrocs ou sincères crétins), vous avez le bagage nécessaire pour comprendre l’économie financière.

Reprenons.

Les électrons quittent la borne négative de la pile, transitent par le fil conducteur, ont leur énergie électrique transformée en énergie lumineuse par l’ampoule, quittent l’ampoule, puis retournent à la borne positive de la pile.

Imaginez que vous êtes une ampoule, et je ne doute pas une seconde que vous êtes bien allumé(e). Pour fonctionner au sens propre, pour être allumé au sens premier, ça vous prend des électrons : ces électrons c’est la monnaie. Imaginez votre vie sans argent : à moins d’être un pro de l’autonomie, les choses se compliquent rapidement. Et d’ailleurs nous le verrons sans doute dans un autre article, même en autonomie, ça prend d’autres électrons que l’argent.

Le système capitaliste est un système qui est fondé sur l’accumulation. C’est normal, c’est des gens obsédés par l’accumulation qui l’ont fondé, entretenu, protégé, élevé au rang de religion. Et si vous y regardez bien, c’est essentiellement eux qui accumulent. Le problème est que l’accumulation est physiquement limitée, et ces limites sont déjà dépassées : l’accumulation financière permise par l’exploitation de la planète a déjà dépassé de beaucoup ses limites de soutenabilité. En d’autres termes, tôt ou tard ou va le payer cher, et plus on tardera, plus la facture sera élevée.

Je vous propose cette vidéo d’André Peters qui vous illustrera à quel point la monnaie, censée faire fonctionner le circuit, est contrôlée de façon à être accumulée par les réels tenants du pouvoir, et de fait empêche le circuit de fonctionner correctement.

André Peters : la monnaie, une institution au service de l’humanité

Reprenons notre circuit. Tout ce circuit n’est possible que grâce à la pile, qui n’est rien d’autre qu’une pompe à électrons : elle injecte des électrons dans le système et les ramène à elle une fois qu’ils ont accompli leur mission. L’analogie souvent utilisée de la pompe cardiaque qui alimente en sang (l’argent) le système total (le système économique) pour le faire fonctionner pour ensuite ramener le sang vers elle s’applique tout aussi bien.

Pour que tout cela fonctionne, il suffit, et elle est incontournable, d’une pompe.

En 1929, les Allemands avaient la moitié de la solution, et ce faisant en ont fait un problème. Ils ont injecté des quantités hallucinantes de liquidités dans le système économique. Ce faisant, ils ont diminué la rareté de la monnaie, ce qui a considérablement amoindri sa valeur : c’était l’inflation historique allemande qui les a marqués au fer rouge, et c’est ce qui a précipité leur chute économique. Imaginez un coeur qui injecte deux cent litres de sang par minute sans jamais le récupérer : on tue le patient. C’est pourquoi faire tourner la planche à billets n’est pas une solution, et pourquoi c’est conspué avec horreur par tous les économistes. Notre société est tellement endoctrinée qu’elle fuie devant l’inflation sans jamais rien vouloir comprendre de comment s’en prémunir : il suffit de réguler la relative rareté/la relative abondance de la monnaie par prélèvement fiscal.

Je préfère donc l’analogie de la pile : le système ne fonctionnera que si le circuit est fermé.

Ce que les économistes ne vous diront pas, c’est qu’ils conspuent la planche à billets même en circuit fermé, parce qu’il y a quelque chose qu’ils détestent dans le circuit fermé : c’est que la pompe récupère l’argent au lieu de l’accumuler. Et c’est pourquoi ils défendent fanatiquement le système actuel très bien décrit par André Peters : la monnaie est créée et prêtée avec intérêt par les banques.

La pompe actuelle c’est les banques, et elles exigent que leur revienne davantage d’électrons qu’elles n’en envoient, afin de pouvoir accumuler, accumuler, accumuler, grâce à une gigantesque pyramide de Ponzi (système supposément illégal) qui va exploser sous nos pieds.

Maintenant que l’on sait que ce système a dépassé ses limites de soutenabilité (en d’autres termes : il va s’effondrer sous nos yeux), il nous faut préparer l’après et construire une économie de la réparation.

Pour cela un homme a fait ses preuves : Keynes. Investi dans la réparation économique de l’après-seconde guerre mondiale, dans un monde sans abondance, à genoux et en sang, Keynes avait compris l’importance de lui insuffler de l’énergie monétaire plutôt que d’en exiger.

John Maynard Keynes

Heureusement, bien qu’il ait été insulté et conspué par tous les croissantistes voraces, son message a traversé l’Histoire jusqu’à nous. Je vous présente un de mes précieux collègues d’inspiration keynésienne dans la préparation de l’après, Jean-Christophe Duval. Jean-Christophe (et tout notre groupe de travail) nous invite à concevoir la monnaie non pas comme un problème, mais comme une solution. Injectée dans le système à des fins réparatrices, puis récupérée fiscalement, la monnaie a le pouvoir de remettre sur pied un nouveau système économique durable, en finançant les activités non-rentables. Or il se trouve que la réparation n’est pas rentable d’un point de vue exclusivement pécunier. N’est pécuniairement rentable que l’exploitation croissantiste.

Jean-Christophe Duval et la conception du Keynesianisme 2.0

Et là nous avons la clé de pourquoi les croissantistes ne veulent rien savoir d’une économie keynésienne décroissantiste : car ce modèle d’économie les empêche d’accumuler. Bien sûr, on pourrait régler leur compte et couper court à toute leur action parasitaire. Comme nous sommes férus de concorde sociale et que nous préférons les révolutions dans les livres plutôt qu’en live, cela n’arrivera vraisemblablement pas.

Mais regardons la chance inouïe que nous offre le corona : c’est notre chance de mettre sur pied une économie durable et respectueuse, et donc de très aimablement nous débarasser de la Bête Immonde.

C’est pourquoi il nous faut absolument empêcher un retour à l’a-normalité.

Gardez le moral, les nouvelles sont bonnes !

En préambule, reconnaissons-nous entre nous. Bien avant le COVID (et peut-être pendant le COVID si vous nous rejoignez), nous avons reconnu que le régime de consommation de ressources et d’énergie, ainsi que le régime de production de déchets, était tout simplement intenable à court/moyen terme non pas pour des raisons politiques, mais tout simplement pour des raisons purement physiques.

Ça c’est que j’appelle en riant la fin du monde, mais que j’appelle on ne peut plus sérieusement la fin d’UN monde : celui de la croissance.

Bien des choses pouvaient arriver pour mettre un terme à ce monde : la révolte d’une jeunesse qui se sait condamnée, le crash des réseaux d’approvisionnement, un pic pétrolier où les junkies de la consommation se seraient entredévorés comme des hyènes, un krach des banques, un sacrifice des plus faibles dévorés pour que les plus forts continuent leur prédation croissantiste…

Hé bien non, une bonne étoile à saveur divine veille malgré tout sur nous. Est tombé sur nous tout un atroce fléau, une catastrophe terrible qui :

  • nous oblige à mettre notre régime de consommation sur pause;
  • nous demande de nous retrouver en famille;
  • nous oblige à dessiner les contours des activités économiques essentielles d’une part et des activités économiques non-essentielles d’autre part;
  • nous oblige à redécouvrir le temps long;
  • nous oblige à regarder en face notre finitude, et qui donc nous appelle à vivre pleinement chaque instant présent;
  • nous oblige à comprendre que l’entraide est le seul comportement qui nous permettra de vaincre l’adversité;
  • nous oblige à regarder les égoïstes (nommés Toto, Tata, Trop-Têtu, Ducon…) et à les juger à la hauteur de leur mérite;
  • nous oblige à reconnaître qui est utile dans la société et qui l’est pas mal moins. Notez que je parle d’utilité économique, et non de dignité personnelle;
  • nous oblige à distinguer utilité économique et dignité personnelle, et à enfin cesser de faire l’amalgame entre ces deux concepts très différents;
  • nous oblige à reconnaître que les infrastructures numériques sont essentielles, et donc à protéger dans une démarche décroissantiste;
  • oblige la classe dirigeante à envisager très sérieusement le revenu de base, aussi temporaire serait-il;
  • va permettre l’éradication physique ou politique des gens qui considèrent que l’argent est plus important que la vie tout court;
  • démontre toutes les faiblesses et tous les vices du modèle marchand;
  • explose le modèle croissantiste, en démontrant indéniablement sa non-résilience et ses tendances suicidaires.

Et tout cela sans un seul coup de feu, sans une seule émeute.

La solution est dans le problème (cliquez pour un texte magnifique et lumineux qui explique tout)

Règle fondamentale de permaculture

Bien sûr, les croissantistes veulent continuer à rêver aux licornes et veulent continuer à nous obliger à les chasser à leur place. Ils parlent déjà de plan de relance économique (donc d’appauvrissement sans retour de l’énergie et des ressources). Ils parlent déjà de lever les restrictions de confinement alors que la courbe exponentielle des infectés et des morts commence à peine de commencer.

Heureusement, profitant de mes liens privilégiés dans le domaine de la santé, et souhaitant vous en faire profiter, j’ai d’excellentes nouvelles pour vous :

  • il faut s’attendre à un confinement de plusieurs semaines voire plusieurs mois, la durée qui semble faire consensus dans les couloirs de la santé étant d’environ six mois;
  • il faut se préparer à la très sérieuse éventualité d’un confinement de dix-huit mois, jusqu’à obtention d’un vaccin efficace.

Vous me direz que pour des nouvelles réjouissantes, on peut faire mieux.

Moi je vous dis que plus la crise sera longue, plus on pourra terminer d’achever la croissance, et plus on pourra enfin commencer à réfléchir et construire notre Monde Nouveau, comme s’y refuse catégoriquement la classe dirigeante croissantiste française.

Enfin un Monde Nouveau est à notre portée, et ceci avec une amplitude dramatique somme toute limitée.

Voilà deux ans que je le dis : soit on le fait, soit la Nature s’en charge. Et comme pratiquement personne ne veut le faire, la Nature s’y prend de la plus belle des façons. Il ne nous reste plus qu’à l’aider à achever le travail, et à ne surtout pas laisser revenir un retour à l’a-normalité.

Souriez mes amis! Les étoiles sont avec nous! Célébrons l’arc-en-ciel de l’optimisme qui fleurit sur toutes les fenêtres du Québec et qui nous chante « ça va bien aller! »

C’est partiiiiiiiiiiii !!!

Le monde que vous connaissez n’est plus.

Je fais bien des blagues avec la fin du monde, et vous avez tous très bien compris que je n’ai jamais parlé de la fin du monde, mais de la fin d’UN monde, qui s’avère être le nôtre.

Bien sûr, j’ai jusqu’ici déployé tous mes efforts à vous faire comprendre que la fin du monde de l’abondance et des comportements sans limites, déconnectés de la réalité physique, était à l’oeuvre, et tant qu’il me restera du souffle et une connexion Internet je vous accompagnerai dans ce processus historique.

Mais d’ores et déjà, le monde va changer très radicalement.

Pour commencer, la construction Européenne est morte, et a entamé son processus de dislocation finale. Alors certains me diront complotiste, illuminé, extrême (oh shit que c’est lassant 🤦🏻‍♂️, faut vraiment être dévoué pour faire cette job de con que je fais et qui paie pas une cenne).

Alors regardez ça si le sujet vous intéresse :

La fin de l’Union Européenne, initiée (ou plutôt achevée) par le coronavirus

« Celui qui est en retard sur l’Histoire est puni par la vie. »

Mikhaïl Gorbatchev

Alors bon si vous êtes pas d’accord, pas de souci, mais soupesez bien la citation précédente.

Ensuite, une de mes appréhensions les plus sérieuses semble se confirmer : le Canada n’a pas vraiment de souveraineté face aux États-Unis. En fait on n’a de souveraineté que celle qu’ils veulent bien nous laisser.

Une fois de plus vous levez les yeux en vous disant « Oh my god Nafnaf l’exalté, ça fait dur ».

Ha bon?

Lisez ça : en gros, on est dans une situation de probabilité très sérieuse que l’armée américaine se déploie au Canada.

Évidemment pour nous aider.

Et si vous avez un peu de culture générale, vous savez ce qui arrive aux pays que les Américains ont la générosité d’aider.

La minute de maths de Toto et Ducon

Pour une très rare fois dans la vie de ce blogue, je vais vous demander de faire ce que le gouvernement vous demande de faire.

C’est quelque chose qui en soit devrait vous alerter sur le sérieux de la requête, car on se racontera pas de menterie, ce que ce blogue fait à la journée longue, c’est vous dire que les gouvernements vous content des menteries du matin jusqu’au soir.

Sauf que cette fois, c’est l’exception qui confirme la règle. Alors à titre exceptionnel je vous CONJURE d’écouter et de respecter les directives sanitaires du gouvernement.

Nous faisons face à un coronavirus qui m’est sympathique sous bien des aspects. Mais il y en a un qui ne me plaît pas du tout, c’est qu’il tue. Nous allons aujourd’hui nous intéresser sous l’angle mathématique sur comment il peut nous faire traverser un enfer et comment l’éviter.

Vous me connaissez, j’aime les démonstrations solides, idéalement à coups de maths. Alors on se lance.

COVID-19 a un taux de transmission de 2,2. Le taux de transmission, c’est le nombre de personnes auxquelles un individu infecté va refiler le virus en moyenne si on l’enferme dans une pièce collé-serré avec 100 autres personnes. Le virus de la grippe a lui un taux de transmission de 1,7.

Pour les besoins de la démonstration, nous utiliserons un taux de transmission de 2, sachant que cette hypothèse est en-dessous de la réalité.

Ça veut dire que le nombre d’individus infectés évolue comme ceci :

  • en partant d’un unique individu infecté
  • en supposant une suite d’événements qui rassemblent en groupes les individus infectés et non-infectés.

L’évolution du nombre de personnes infectées est donc la suivante :

(1)1, (2)3, (6)9, (18)27, (54)81, (162)243, (486)729, (1458)2187, (4374)6561, (13122)19683…

(nombre récemment infectés)nombre total d’infectés

Voici comment le calcul est fait. Chaque terme est le résultat d’un événement de rassemblement. Dans chaque terme, le premier nombre, entre parenthèses, est le nombre de personnes récemment infectées au cours de l’événement de rassemblement. Le deuxième nombre, sans parenthèses, est le nombre total d’individus infectés en fin d’événement de rassemblement.

On reprend :

  • Début de la cascade : Toto rentre de ses vacances en Chine. Ça nous prend dans cette histoire un anti-héros. C’est un individu infecté. (1)1.
  • Premier rassemblement : Toto va en cours à l’université, il infecte deux collègues étudiants (Twit et Tata), ils sont maintenant trois malades : 2 nouveaux infectés, 3 malades en tout = (2)3 (Toto, Twit et Tata).
  • Deuxième série de rassemblements : Toto, Twit et Tata vont chacun de leur bord faire leur épicerie dans trois épiceries différentes. Ils infectent à leur tour chacun de leur bord 2 malades, ce qui fait 3×2=6 recrutés, +3 anciens=9 malades=(6)9.
  • Toto, Twit, Tata, Têtu, Très-Têtu, Trop-Têtu, Tête-Dure, Complotiste et Ducon se disent « C’est vendredi soir! on sort dans les bars! » et comme ils ne se connaissent pas vraiment, ils vont dans neuf bars différents.
  • Comme j’aime à le dire dans ma conférence : « Vous voyez bien où cette histoire va finir ».

Si vous êtes un amateur de maths, vous avez reconnu là une suite géométrique de raison 3 : chaque terme est égal à 3 fois le terme précédent.

Comme ça, ça a pas l’air gros 3, parce que psychologie humaine oblige, on ramène erronément les événements à notre petite personne sans comprendre ce que ça implique pour la population et le système social en général.

Vous comprenez que le nombre de personnes infectées, sans mesure d’hygiène, va croître exponentiellement.

C’est ce moment que Têtu et Ducon (qui ne savent toujours pas qu’ils sont infectés) choisissent pour lever la main et dire : « Ouais oooff!!! C’est une grosse grippe, on sait vivre avec la grippe. On va passer au travers ». D’un point de vue nombriliste, ils ont très probablement raison, mais ils sont très loin d’en être garantis. Il faut dire que jusqu’à la lecture de cet article, Têtu et Ducon ne connaissaient pas très bien la fonction exponentielle et ce qu’elle peut avoir de dévastateur.

Mettons un taux général de mortalité du corona à 2% (0,2% chez les jeunes enfants, 14% chez le troisième âge). Il faut comprendre que ces 2%, avant de rendre visite à Dieu, ont été (on l’espère encore!) hospitalisés, ont été sédatés, intubés, et ont monopolisé toute une équipe de soins intensifs, qui d’habitude réchappe les patients. Disons qu’ils en réchappent trois fois plus qu’il en meure, ce qui revient à dire que 8% des infectés seront admis aux soins intensifs.

Reprenons notre suite, avec cette fois le premier nombre entre parenthèses étant le nombre d’infectés, et le second nombre sans parenthèse étant le nombre de patients qui sera admis aux soins intensifs en appliquant la règle du 8%.

(1)0, (3)0, (9)1, (27)2, (81)6, (243)19, (729)58, (2187)175, (6561)525, (19683)1575…

(nombre d’infectés)nombre d’admis aux soins intensifs.

Une fois encore, si comme moi vous aimez les maths, vous avez reconnu la suite géométrique de raison 3, dont le premier terme est 0,08 mais que j’ai arrondi à 0 parce qu’on ne met pas des bouts de pieds aux soins intensifs.

Et c’est là qu’en bon collapso (rassurez-moi, après avoir lu tout ce blogue, vous en êtes, n’est-ce pas?) vous reconnaissez un patron bien connu chez les collapsos : une augmentation exponentielle de pression sur *** DES RESSOURCES LIMITÉES ***

Et qu’arrive-t-il quand on applique sans limite une augmentation de pression sur un système aux ressources limitées? À vous je peux vous le dire sans vous choquer, depuis le temps qu’on se connaît, même si vous le savez déjà avant que je vous le dise : un effondrement.

Vous ne me croyez pas? Hé bien demandez aux Italiens. Leur système de santé s’est fait saturer, ce qui en terme pratico-pratiques signifie qu’il ne pouvait pas soigner tout le monde. Vous êtes en détresse respiratoire? Vous avez plus de soixante ans? Restez chez vous et bonne chance. Vous êtes diabétique? Restez chez vous et bonne chance. Vous êtes cardiaque? Restez chez vous et bonne chance… Et la chance n’a rien à y voir : ils en sont à plus de 2.000 morts au moment de rédiger ces lignes.

/*** MAJ 2020/03/19 : 36 heures après la publication de cet article, l’Italie en est à plus de 3.400 morts par corona . Les infrastructures funéraires dans les foyers épidémiques italiens sont saturées, les corps sont évacués par des camions de l’armée ***/

Il n’existe à ce jour aucun traitement contre COVID-19.

Même si on est le seul citoyen à avoir besoin de soins intensifs dans un pays qui compterait 10.000 lits de soins intensifs, on n’est pas garanti de s’en sortir. Certains patients réagissent au virus en produisant ce qu’on appelle une « tempête de citokines » qui est une production exponentielle (encore elle, la méchante exponentielle) et effrénée de molécules chimiques contre laquelle la plus moderne des médecines ne peut rien, et qui mène à une faillite généralisée des organes vitaux.

La seule chose qu’on peut faire, c’est interrompre la suite géométrique de raison 3, et c’est la chose la plus efficace qu’on puisse faire, en autant qu’on ne s’appelle ni Toto, ni Tata, ni Complotiste, ni Ducon.

À ce stade-ci vous pourriez vous sentir visé par les noms des joyeux personnages de mon histoire. Hé bien je me réserve celui de Ducon, car avant d’avoir mon « Oh-shit-moment » mathématique, j’étais vraiment M. Ducon. Maintenant si après cette lecture vous tenez absolument à prendre le nom, je suis ouvert à vous le céder.

Conclusion : RESTEZ CONFINÉ(E). Comportez-vous comme si vous aviez le virus et ne souhaitiez pas le transmettre.